oliviercardineau

04 mai, 2008

Hommage à Hervé CARESMEL

Musique — Par olibre @ 13:41

       On garde tous un peu d'Hervé, même si nos vies ont changé, même si nos chemins nous ont séparés, les uns des autres. Je garde d'abord le souvenir de ces mains de chef de choeur, qui battaient la mesure. Elles ressemblaient aux ailes d'un oiseau prenant son envol. Avec son geste si doux, "comme une rose de cristal qui se pose sur un tapis de velours" (aimait-il à dire souvent), il assouplissait nos voix et retardait la fin du chant. Hervé aimait la lenteur, car il jouissait de l'instant musical. Il lui arrivait même de garder les yeux fermés et se laisser transporter par nos voix. 

     Hervé était coquet. Il aimait l'ostentation et soignait toujours sa tenue. Je le revois encore, fier de diriger les Petits Chanteurs de Notre-Dame, avec une belle chasuble qu'il avait achetée à Paris. Je garde aussi l'image d'un grand technicien du chant. La pureté, la souplesse et la couleur de la voix lui étaient chères. Il aimait la musique romantique, mais c'était un être baroque. De tous ces feux et de sa personnalité peu banale, il brillait.

   Hervé était généreux. Combien de fois m'a-t-il invité à déjeuner, le vendredi midi, entre deux cours, moi qui vivais alors chichement. Hervé était sensible. Il pleurait souvent, d'émotion quand on chantait, de chagrin quand on le contrariait. Il aimait être aimé, désiré, adulé. Ses appels téléphoniques à des heures indues nous empêchaient de dormir, nous ses chanteurs, mais on sentait qu'il en avait besoin, qu'il voulait partager ou même revivre, avec nous, l'émotion d'un concert, ou d'un morceau interprété durant la journée.

  Pour moi, Hervé restera un Maître. D'abord, un maître de vie, car il m' a appris qu'avec la ténacité et le travail la fatalité n'existait pas. Lui qui était voué à travailler dans une étude d'architecte, il a su gérer son travail et sa vie de famille pour étudier le chant et en faire son métier. C'est ensuite à mes yeux un maître de chant. Nos voix sont à présent orphelines, lui savait si bien les manier. C'est enfin, et c'est peut-être le plus important, un chef de choeur. C'était cela son don : faire battre des coeurs. Et sans nul doute il y est parvenu.

 

  

 

Merci Hervé.

                                                          Amiens le 01 mai 2008

 

 

 


Commentaires

  1. Bonjour,
    Apres avoir lu ce texte je me rends compte ce que Herve pouvait representer pour beaucoup de monde. Je ne le connaissais pas en tant que chef de choeur ou de coeurs mais en tant qu'ami et ami de mes parents. Mais même si je ne faisais pas partie du monde musical qui l'entourait, je me rendait bien compte quand je le voyais que c'était quelque chose d'extrêmement important pour lui. Ce texte est vraiment beau et vien de m'apprendre beaucoup sur Hervé alors merci !

    Par Perrine — 04 mai 2008, 21:17

  2. Votre hommage est très touchant et si vrai .
    À Bordeaux où il est resté quelques années , il n'a laissé que des bons souvenirs et à présent nous sommes tristes .
    Nous pensons beaucoup à son épouse et ses enfants .

    Par Martine. — 04 mai 2008, 22:18

  3. je lis ton texte juste avant de partir à ses obsèques, où tous ceux qui le peuvent chanteront une dernière fois pour lui.

    Par Claire — 05 mai 2008, 08:36

  4. Habitant en Bretagne, je n'ai pu profiter du talent d'Hervé mais je sais qu'il avait en lui une passion immense. Il avait également l'admiration et l'affection des siens.Je pense à Hervé mais aussi à son épouse et ses enfants. A Monique, sa Maman et à Jules, son Papa décédé, ils s'aimaient tant.
    Courage à vous tous, ses amis, et merci pour ce bel article.

    Par amirance — 05 mai 2008, 10:47

  5. Je n'ai pas pu venir à ses obsèques habitant en Ardèche...Ton texte Olivier est très touchant. Oui nos chemins ont été séparés...chacun est parti faire sa vie ailleurs. Je garderai un très bon souvenirs des moments passés au cours de chant.
    Merci et courage.
    Marie Aunis

    Par Marie Aunis — 05 mai 2008, 18:17

  6. Je rentre de ses obsèques avec Cédric tout comme nous rentrions naguère des répétitions de choeur avec, cette fois, un sentiment de tristesse que nous avons de la peine à maîtriser et pourtant... il avait en lui une foi inébranlable qui aujourd'hui continue de nous faire avancer. Merci encore Hervé pour cette passion que tu as fait naître. Merci à toi, Olivier pour cet hommage.
    Béatrice

    Par béatrice — 05 mai 2008, 22:30

  7. Merci de rendre cette hommage à M. Caresmel. Ceux qui ont pu le faire et moi-même, nous avons chanté une dernière fois pour ses obsèques qui furent très émoouvantes. Nous n'oublierons jamais ce professeur de chant extraordinaire. Merci de tout coeur.

    Par Alicia — 06 mai 2008, 17:21

  8. Merci Olivier, pour ce beau texte. Notre cher Hervé ne pourra jamais être oublié. Il a donné un sens à nos vies. Il pratiquait l'enseignement plus qu'avec passion, ou vocation, mais c'était un véritable sacerdoce. J'ai chanté pour ses fumérailles. Lui qui en parlait toujours en plaisantant. qui aurait cru qu'on aurait si tôt à lui chanter le Lacrimosa qu'il espèrait...

    Par Marie-Cécile — 06 mai 2008, 19:29

  9. Bravo pour ton texte et cette initiative. Hervé était quelqu'un d'exceptionnel. certains l'ont vu d'autres non.
    Bon chant à tous

    Par Eric — 06 mai 2008, 20:10

  10. Comme tout le monde, je te remercie, Olivier, de rendre cette hommage à notre Hervé. Coincé sur Paris, je n'ai malheureusement pas pu assister à ses obsèques. Je lui aurai pourtant bien dû cela, à lui, sans lequel je n'aurais sans doute jamais chanté - lui qui, contre toute attente et contre toutes les règles, a pris le gamin de 13 ans que j'étais sous sa coupe ; lui qui, avec prudence, patience et enthousiasme, a su me transmettre son amour et son art du chant ; lui enfin, avec qui je riais il y a peu encore, et dont je garderai toujours l'image le sourire aux lèvres - ce fameux sourire, dont il nous apprenait qu'il était, somme toute, la clef du chant. Je lui dois beaucoup, et il me manquera plus encore...

    Par Florian Cafiero — 06 mai 2008, 23:24

  11. Merci Olivier pour ce magnifique texte qui nous rappelle Hervé de façon tellement vivante..... Très émue et très triste, et très amusée à la fois à cette lecture - je me souviens de sa collection incroyable de gilets de soie - je me souviens des premiers forfaits téléphoniques illimités qui nous ont effectivement valu quelques nuits un peu courtes!... Je pense beaucoup à Marie-Claire et à ses enfants, mais aussi à tous ses "enfants" de chant, ceux qu'il a fait naître à la musique par la seule force de son enthousiasme et de son charisme naturel. J'espère qu'on se retrouvera pour un concert-hommage... D'ici là, courage - et à bientôt ?
    Léa!

    Par Léa — 07 mai 2008, 00:15

  12. Une fois de plus, merci à Olivier pour ce texte émouvant et très représentatif de M.Caresmel... C'était un homme extraordinaire et passioné qu'on n'oublira jamais... Comme le dit si bien Marie-Cécile " qui aurait cru qu'on aurait si tôt à lui chanter le Lacrimosa qu'il espèrait "...

    Par Kathleen — 07 mai 2008, 13:34

  13. Hervé repose maintenant à Plouër-sur-Rance,en Bretagne, commune où il a grandi et découvert sa passion en jouant sur l'orgue de l'église. Un bel hommage lui a été rendu lundi vers 17 h OO dans notre petit cimetière. Un texte magnifique a été lu. La chorale locale a chanté pour lui, pour sa famille présente, et ses amis, pour vous.
    Marie-Claude de Plouër-sur-Rance

    Par Marie-Claude — 07 mai 2008, 22:05

  14. Merci beaucoup pour ce magnifique texte.
    Je n'aurais jamais pu imaginer à ma première rencontre avec Hervé, que l'amour qu'il portait pour le chant allait si bien déteindre sur moi.
    Hervé restera toujours présent dans nos coeurs. Il a réussi à faire battre le mien plus intensément.

    Par Domenica — 29 mai 2008, 13:11

  15. Bist du bei mir, geh'ich mit Freuden zum Sterben...
    On a chanté ce chant comme un au revoir pour le frère Damien. Et j'ai vu Herve pleurer. Cette homme profondément croyant arrivait à exprimer sa foi, ô si intensément, à travers ses chanteurs pour les cérémonies religieuses. Il vibrait !
    Hervé un grand, grand merci pour toute cette beauté que tu nous as fait vivre,
    oui "wir sind bei ihr".

    Par Elisa — 11 jui 2008, 16:05


Commenter

Pages de commentaires:
Commenter

  authimage

(*) Ces champs sont obligatoires.

«  Jacques LACAN, Mon enseignement   :: oliviercardineau ::   La Dolce vita me manque  »

Creer un Blog Signaler un abus sur ce blog