On garde tous un peu d'Hervé, même si nos vies ont changé, même si nos chemins nous ont séparés, les uns des autres. Je garde d'abord le souvenir de ces mains de chef de choeur, qui battaient la mesure. Elles ressemblaient aux ailes d'un oiseau prenant son envol. Avec son geste si doux, "comme une rose de cristal qui se pose sur un tapis de velours" (aimait-il à dire souvent), il assouplissait nos voix et retardait la fin du chant. Hervé aimait la lenteur, car il jouissait de l'instant musical. Il lui arrivait même de garder les yeux fermés et se laisser transporter par nos voix.
Hervé était coquet. Il aimait l'ostentation et soignait toujours sa tenue. Je le revois encore, fier de diriger les Petits Chanteurs de Notre-Dame, avec une belle chasuble qu'il avait achetée à Paris. Je garde aussi l'image d'un grand technicien du chant. La pureté, la souplesse et la couleur de la voix lui étaient chères. Il aimait la musique romantique, mais c'était un être baroque. De tous ces feux et de sa personnalité peu banale, il brillait.
Hervé était généreux. Combien de fois m'a-t-il invité à déjeuner, le vendredi midi, entre deux cours, moi qui vivais alors chichement. Hervé était sensible. Il pleurait souvent, d'émotion quand on chantait, de chagrin quand on le contrariait. Il aimait être aimé, désiré, adulé. Ses appels téléphoniques à des heures indues nous empêchaient de dormir, nous ses chanteurs, mais on sentait qu'il en avait besoin, qu'il voulait partager ou même revivre, avec nous, l'émotion d'un concert, ou d'un morceau interprété durant la journée.
Pour moi, Hervé restera un Maître. D'abord, un maître de vie, car il m' a appris qu'avec la ténacité et le travail la fatalité n'existait pas. Lui qui était voué à travailler dans une étude d'architecte, il a su gérer son travail et sa vie de famille pour étudier le chant et en faire son métier. C'est ensuite à mes yeux un maître de chant. Nos voix sont à présent orphelines, lui savait si bien les manier. C'est enfin, et c'est peut-être le plus important, un chef de choeur. C'était cela son don : faire battre des coeurs. Et sans nul doute il y est parvenu.
"La plus grande groupie du monde (...) nous offre l'album que l'on n'attendait plus vraiment de sa part, passionné et touchant, sincère et aventureux. Certes, elle pourra remercier ses 'nouveaux amis' qui lui ont taillé ici du sur-mesure ; il n'en demeure pas moins que Before The Poison envenime son auditeur d'une grâce ténébreuse, d'une tendre et douloureuse pudeur"
Oublions l'espace d'un instant le faste de la Star Académie, les paillettes et la musique commerciale pour se rappeler la fin des années 90, moment où KYLIE MINOGUE s'éloignait de la pop musique et interprétait ses propres textes sur une musique plutôt underground. A cette époque, la chanteuse australienne ne savait plus quelle image elle voulait donner et pour quel public elle voulait chanter. Elle tentait de casser l'image de l'adolescente à la voix acidulée pour interpréter des textes intimistes qui laissaient transparaître le doute, la quête identitaire qui la tourmentait et la folle envie de pousser les limites de sa propre musique. Je vous livre un extrait de "Free" qui rappelle la richesse musicale et vocale de cette époque.
Puis il y a son nouveau single "Two hearts" qui sort ces jours-ci. Il swingue. Il permet à KYLIE de faire vibrer un corps qui, il n'y a pas encore si longtemps que cela, a été blessé au plus profond de sa féminité. Quand j'ai appris son cancer du sein, je me rappelle m'être dit que pour quelqu'un qui avait misé sa carrière essentiellement sur son corps et sa féminité, cela devait être horrible de perdre cils et cheveux. Je me suis dit qu'elle ne serait plus la même (physiquement et mentalement) si elle revenait à la chanson. Hier, au début de la Star Académie, elle a donné un conseil aux stagiaires. "Restez vous-mêmes", leur a-t-elle dit. "C'est le plus important". Pourtant on peut se demander si elle est vraiment restée elle-même pour avoir été pendant tant d'années "une machine à sous". Que veut-elle à présent?
Alors que l'on parle du retour de KYLIE MINOGUE sur les ondes, je poste un extrait du concert de Glastonbury de 2005 auquel la chanteuse australienne, atteinte alors d'un cancer du sein, n'avait pu se rendre. COLD PLAY avait joué "can't get you out of my head" pour lui rendre hommage. Moment agréable et émouvant à écouter.