oliviercardineau

Apprendre à comprendre, à chercher et à écrire

pédagogie — Par olibre @ 15:23

Tâche actionnelle : raconter l'itinéraire d'un homme qui a côtoyé l'histoire.

Documents : "El profesor Gálvez" de Luis Sepúlveda, Ritmos, terminale

                  "Pasado imperfecto de indicativo", de Carlos Giménez

     La séquence en question s'appuie sur un texte de Luis Sepúlveda qui rend hommage à un professeur d'espagnol, chilien d'origine, qui a soutenu Salvador Allende, a vécu le coup d'Etat de Pinochet. Il raconte l'itinéraire de cet homme engagé qui a cherché son fils disparu pendant de nombreuses années et s'est exilé en Allemagne après le décès de ce dernier, décédé des séquelles de la torture. Le repérage des indicateurs de temps, des connecteurs logiques, et des allusions au contexte historique ont permis aux élèves de lire le texte par objectif et de dégager les différents étapes de l'itinéraire du protagoniste.

      Après avoir relevé la langue qui permet de raconter l'itinéraire, les élèves devaient exposer à l'écrit, de façon chronologique, les différents moments de la vie du professeur :

11 de septiembre de 1973 : -golpe de Estado

-el profesor Gálvez enseñaba castellanoUn día : su hijo fue secuestrado pr los militares, la policíaDurante dos años : buscó a su hijoEn 1979 : lo encontró, lo sacó de la cárcel y lo envió a la República Federal AlemanaEn 1981 : -murió el hijo

-El profesor voló a Alemania a asistir a los funeralesA los pocos días : -regresó a Chile

-tuvo que irse de Chile porque le acusaron de haber realizado

actividades subversivas en la RFA

-Vivió en HamburgoA los dos o tres meses : vendía periódicos a la entrada del metroAl medio año : daba clases de castellanoEn 1984 : Viajaron a Madrid

      Après avoir dégagé l'itinéraire de Carlos Gálvez, j'ai demandé aux élèves de me présenter le père et le fils à l'oral d'abord, puis à l'écrit chez eux, en reprenant les expressions utilisées en cours :

-Se llama don carlos Galvez. Era profesor de castellano en una pequena escuela rural cerca de Cillan en el sur de chile. Rondaba los sesenta años.Era viudo. Tenía un hijo que cursaba estudios de agronomía (étude scientifique des problèmes que pose la pratique de l'agriculture). Era socialista, laico y le gustaba beber vino tinto.

El hijo cursaba estudios de agronomía en la Universidad de Concepción. Fue encarcelado y torturado. Su padre lo sacó de la cárcel y lo ayudó a exiliarse hacia Alemania. Estaba "convertido en una ruina", estaba grave, adebilitado, traumatizado. El hijo murió. El lector puede pensar que la causa de la muerte está relacionada con el trauma que vivió el hijo. El padre viajó a Alemania para asistir a los funerales

     

      La présentation du fils a permis de "monter d'un cran", c'est-à-dire de passer de la compréhension globale à la compréhension approfondie. En effet, la disparition du fils, son arrestation et sa mort ont invité les élèves à réfléchir sur le contexte historique. C'est la raison pour laquelle, en relisant certaines phrases du texte, ils ont compris qu'il existait un lien entre l'engagement politique du père, la séquestration du fils et le coup d'Etat. J'ai clos le commentaire du texte en demandant aux élèves de réfléchir sur la fonction développée dans le texte. Car le texte rend hommage à un homme engagé et le portrait est loin d'être neutre.

      Forts de la compréhension du texte et de la langue étudiée, les élèves ont étudié la planche de Carlos Giménez, qui présente l'histoire du franquisme à travers le parcours d'un Espagnol engagé auprès des Républicains, des résistants français, puis des syndicats clandestins ouvriers. Les élèves devaient raconter l'itinéraire de Mariano au passé, en utilisant les indicateurs de temps, les connecteurs logiques, le vocubulaire sur la dictature et sur la répression dégagés lors de l'étude du texte de Luis Sepúlveda. En équipe, ils ont effectué des recherches au CDI et se sont entraînés à compulser les dictionnaires, les encyclopédies et les manuels d'espagnol afin d'"éclairer leurs lanternes".

      J'insiste sur l'importance de cet étape. Rappelons que nos élèves ont peu l'occasion de se confronter à des articles de presse, à compulser des encyclopédies et des dictionnaires. La recherche documentaire s'inscrit pleinement dans le cadre de la pédagogie actionnelle, car les élèves construisent leur propre accès au savoir. Ils mettent ainsi en place, au fil de leurs visites au CDI, des stratégies de recherche.

    La copie que je propose a été conçue et rédigée par une équipe de quatre élèves. Les élèves ont essayé de réemployer des indicateurs de temps (a los diez años, durante, rondar los 60 años), des verbes de mouvement (exiliarse a, volver a), des expressions telles "ser tragado por" (utiliser maladroitement, comme vous pourrez le constater), "ser viudo", "llegar al poder", "la cárcel". J'ai noté généreusement, car j'ai pris en compte le sérieux des élèves par rapport aux recherches qu'ils ont menées au CDI. Ce travail compte comme une évaluation formative, car il signale à l'élève ce qui est acquis et ce qui doit l'être avant l'évluation sommative.

 

 


L'interaction au coeur de la pédagogie actionnelle

pédagogie — Par olibre @ 19:24
L’enfant montre, puis raconte avant de pouvoir

expliquer. Il n’imagine rien sans mise en scène.

Henri Wallon

   Le Cadre Européen Commun de Référence pour les langues place la communication comme principal objectif à atteindre dans une classe de langues. Selon le texte, l'enseignant ne doit plus considérer l’espagnol comme un objet d’étude, mais bien comme un outil qui permet d’accéder à la compréhension des documents et à l’expression personnelle de l'élève. Celui-ci quitte alors une attitude passive pour devenir acteur du cours et de son apprentissage. Cette conception de l’enseignement prépare l’élève à l’autonomie, à la vie en société et à des situations de communication futures.

1 les stratégies d'apprentissage

   Mettre l'élève en activité demande de la part de l'enseignant une connaissance des processus cognitifs sollicités lors d’une activité langagière. Lorsqu'une personne lit ou écoute, elle met inconsciemment en place des stratégies afin de comprendre le plus efficacement possible le message qui lui a été transmis. On appelle "stratégie d'apprentissage" une opération mentale qui intervient sur des informations ou des données en vue d'en assurer la manipulation et/ou le traitement. Certaines stratégies semblent se développer spontanément (l’autorépétition), d'autres n'apparaissent que si elles sont enseignées.

   Au fur et à mesure que l'enfant grandit, le traitement sémantique devient stratégique. La proportion des élèves qui prennent des notes et soulignent augmente. Les stratégies, comme l'autorépétition ou l'autoévaluation de la compréhension, sont mobilisées et utilisées spontanément dans des tâches simples. Quand la tâche se complexifie, elles sont moins efficaces car trop coûteuses sur le plan cognitif. C'est pourquoi l'automatisation des stratégies constitue un objectif à atteindre afin que les ressources restantes soient affectées aux activités de "haut niveau" propres à la tâche elle-même.

   Après diverses lectures, j'ai pu dégager trois sortes de stratégies : les stratégies cognitives, métacognitives et socio-affectives. Nous ne parlerons ici que des deux premières. Grâce aux stratégies cognitives, l'élève accède à la compréhension d'un document. L'inférence, le repérage, la comparaison, la sélection, la classification, la schématisation et la traduction sont les processus cognitifs qui mettent en place les stratégies d'apprentissage dites "cognitives". Afin d'encourager ces processus, le professeur entraîne l'élève à repérer et souligner les mots clés ou les phrases importantes d'un texte, à induire ou déduire le sens des mots en les comparant à d'autres, à segmenter le document en différentes parties, à réaliser un schéma ou un tableau pour mieux comprendre, à prendre des notes ou à traduire un mot, une phrase ou un passage du texte étudié. Les activités de compréhension permettent également de dégager du vocabulaire et des structures qui seront étudiés et réemployés en classe, et mémorisés à la maison.

    Lorsque l'élève s'exprime, il reformule, répète, s'autocorrige, s'adapte et mime pour se faire comprendre. En sollicitant ces processus cognitifs, l'élève met ainsi en place des stratégies cognitives de communication. Ces dernières, pour être efficaces, doivent être accompagnées de stratégies métacognitives. L'organisation du travail, l'attention portée à la tâche qui est en train de s'accomplir, l'autogestion (comprendre les conditions qui facilitent l'apprentissage de la langue), l'autocorrection, l'auto-évaluation, l'identification du problème (comprendre le but d'une tâche ou d'un exercice) sont des stratégies qui optimisent les chances de mémorisation et d'assimilation des connaissances, facilitant l'autonomie et l'apprentissage.

     On peut se demander quelle place ces stratégies d'apprentissage doivent prendre dans le cours de langues vivantes. Selon mon expérience, le professeur responsable d'une classe en difficultés scolaires doit entraîner ses élèves à aborder un document à partir des activités d'apprentissage, puisque ces dernières permettront aux élèves de comprendre de façon globale et approfondie le document sur lequel ils travaillent, mais aussi de stimuler leurs processus cognitifs.

2 L'interaction, une stratégie d'enseignement

     En collège, le recours aux activités d'apprentissage est également fondamental, puisque celles-ci permettent à l'élève d'accéder au document, de dégager une langue qui sera réemployée et mémorisée. En lycée, le recours à l'interaction est un excellent moyen pour mettre les élèves en situation d'apprentissage et de communication et les rendre ainsi actifs. Les bienfaits de l’interaction dans la construction mentale ont été mis en avant par Piaget, pour qui l'être humain est en permanence sollicité par son environnement physique ou social auquel il est contraint de s'adapter. Les études expérimentales réalisées dans ce cadre théorique ont montré que, pour aboutir à des progrès cognitifs, les interactions sociales devaient donner lieu à un conflit sociocognitif. Confrontés à une situation-problème à résoudre, les partenaires d'une interaction doivent, d'une part, présenter une différence de centrations cognitives (point de vue, méthodes, réponses) et, d'autre part, rechercher une réponse commune au problème.

    En lycée, on peut lancer l'interaction de diverses façons. A la suite de deux lectures (une expressive, une autre silencieuse) ou de deux premières écoutes, l'enseignant invite son public à confier ses impressions, à émettre des doutes sur le document proposé. Voilà pourquoi l'usage des modalisateurs, comme "quizás", tal vez", "acaso", est vivement conseillé dès les premières heures de cours. Les premières impressions données, l'enseignant intervient pour demander aux camarades de confirmer ou d'infirmer ce qui vient d'être dit. Le recours à la justification par le texte invite l'élève à se servir de la langue de l'auteur. Lorsque l'élève demande un mot au profeseur, ce dernier veillera à regarder si ce mot ou un synonyme ne figure pas dans le document, car la langue que le document contient est bien plus authentique que celle de son humble serviteur.

    L'interaction peut être relancée par une "situation-problème" qui viendrait de l'intervention d'un élève qui, par un effet de lecture, commettrait un contresens. L'enseignant, sans aucune humiliation, reprend ce que vient de dire l'élève et demande l'avis de ses camarades. La situation-problème peut également venir du texte lui même. Le professeur, par la relecture d'une phrase ou d'un passage, demande aux élèves d'expliquer la teneur de ce qu'il vient de lire. Il peut également intervenir en affirmant une contre vérité afin de faire douter et réagir les élèves.. Il est évident que la disposition des tables en « U » ainsi que la mise en place, dès les premières séances, de l’auto et de l’inter-correction facilitent l'écoute et la communication entre les élèves.

    Le questionnement du professeur sur le texte est à bannir, puisqu'il transforme l'interaction en échange frontal professeur/élève. Qui plus est, le questionnement n'incite pas l'élève à développer des processus cognitifs pour comprendre un document ; il ne permet que de vérifier la compréhension du document. Et encore. La question n'étant qu'une réponse déguisée, par cette pratique, le professeur invite ces élèves à appréhender le document à travers sa propre lecture au lieu de les inviter à construire la leur. C'est à l'élève de questionner le texte, pas au professeur. Cette remarque peut donner l'idée d'une activité qui consisterait à demander à l'élève de formuler des questions par rapport au texte et à demander à son coéquipier d'y répondre.

    Grâce à l'interaction, les élèves développent les capacités d'écoute, de réflexion, et d'expression, car ils sont obligés de s'ajuster à ce qui vient d'être dit. Ainsi, la mise en oeuvre pédagogique de l'enseignant est rythmée par la pratique de la "situation-problème", qui fait interagir les élèves, et celle de la justification par retour au document, méthode qui met en place des stratégies d'apprentissage, lesquelles sont proposées à l'élève sous la forme d'activités, soit avant l'interaction (afin de préparer la prise de parole), soit durant l'interaction (lorsque l'interaction faiblit), soit en tâche à faire à la maison. .

3 La tâche actionnelle : une mise en contexte

    L’approche actionnelle invite les élèves à être actifs et acteurs de leur propre apprentissage. La notion de "tâche" prend une place primordiale dans la préparation de la séquence pédagogique. « Est définie comme tâche toute visée actionnelle que l’acteur se représente comme devant parvenir à un résultat donné en fonction d’un problème à résoudre, d’une obligation à remplir, d’un but qu’on s’est fixé » (CECR, page 16). Cette tâche peut mettre les élèves, soit en situation d’apprentissage, soit en situation de communication .

   Est définie par "tâche d’apprentissage" la mise en place d’une situation linguistique qui s’inspire de la réalité et qui vise à stimuler et développer les processus cognitifs sollicités lors de la réception d’un message. C’est en sollicitant les processus cognitifs de l’élève que ce dernier sera en mesure de traiter l’information, comme s’il était  en situation, l'aidant ainsi à développer des stratégies. Prenons le cas d’un article de presse. Auparavant, le professeur d’espagnol négligeait l’étape de l’élucidation par inférence, voulant au plus vite accéder à la compréhension littérale et littéraire du document. Il est maintenant conseillé de se fixer comme objectif celui de lire la page d’un journal en travaillant essentiellementsur l'inférence. La «lecture par objectifs » se présente alors comme une solution pour stimuler la lecture de l’élève et la diriger vers ce qui fait sens. Si le public est peu enclin à la concentration et à la réflexion, on lui proposera des axes de lecture (les idées du texte qu’il devra repérer).

    Située en activité de transfert, la tâche communicative mobilise des compétences générales individuelles (savoir sur le monde, savoir socioculturel, comportement) ainsi que la compétence communicative (linguistique, sociolinguistique et pragmatique). Sa réussite ou son échec indiquent le degré de compréhension du document, l’assimilation ou pas des savoirs et le stade de développement de l’activité langagière principalement sollicitée dans la séquence pédagogique. Les choix didactiques opérés lors de l’étude du document doivent correspondre avec l’activité de transfert qui est prévue à l’issue de l’étude du document.

     L'élaboration de mises en situation issues du texte favorise l'utilisation de ce vocabulaire dans une langue dite « de communication», facilitant par ailleurs la mémorisation, car les mots se retiennent non seulement en fonction de leur sens, mais surtout en fonction de l'effet à produire. Ces mises en situation permettent ainsi de réutiliser le vocabulaire appris en contexte et d’employer les fonctions langagières propres à l'expression orale (pronoms, niveau de langue).

    L'enseignant doit faire en sorte de laisser la parole à l'élève sans le corriger sans cesse. Il ne forme pas des spécialistes, des puristes, mais bien des apprentis. Tant l'élève que le professeur doivent par conséquent accepter l'erreur comme faisant partie de l'apprentissage : « si la langue se construit, c'est par tâtonnements, essais, erreurs, réajustements, etc. l'enseignant, lors d'une production orale ou écrite, doit respecter le processus de construction sans interférer par une attitude d'hypercorrection ». Rappelons que la langue ne naît pas de la grammaire. Une langue ne vit que parce qu'elle change, évolue. Les erreurs font partie de la survie de la langue.

     A l'écrit, la tâche actionnelle se réalise à travers des ateliers d'écriture, qui permettent de produire un texte de façon interactive, en situation. On propose un sujet qui invite l’élève à revisiter le document et à repérer les éléments dont il aura besoin pour produire son texte. Ainsi, pour l’article de presse intitulé « Seducidas por el botellón » (Annexe 4), on demandera aux élèves, en guise d’activité de transfert, de rédiger un article dont le titre serait « El botellón o la antesala de un futuro alcoholismo ». Les élèves élucident en premier lieu le titre du document, sélectionnent les idées du texte qui permettraient de défendre l’idée du titre, et rédigent, après avoir élaboré d’un commun accord le plan de l’article. La langue est réinvestie dans la production des idées. Elle n’est plus pour l’élève un objectif à atteindre, mais bien un outil d’expression.

   Ces situations impliquantes s’inscrivent dans une approche constructiviste des connaissances. Toute production, écrite ou orale, doit reposer sur la notion de « conflit » ou « confrontation au texte ». Ainsi, pour retenir une nouvelle information, il faut reconstruire ce qui est déjà connu ou réélaborer de nouveaux réseaux de signification.

Olivier cardineau

BIBLIOGRAPHIE

(Se) construire un vocabulaire en langues, Groupe Français d'Education Nouvelle, Chronique Sociale, Lyon, octobre 2002.

Psychologie de l'éducation, Jean-Noël Foulin, Serge Mouchon, Nathan Université, 1999.

Les stratégies d'apprentissage, Paul Cyr, CLE international,


Raconter un souvenir autobiographique ou écrire l'Histoire de façon interactive

pédagogie — Par olibre @ 01:00

A Stéphanie Wojtyna et à Carole Soufflet

qui m'ont suivi dans cette folle entreprise.

Support : "Mi abuelo" de Jordi Soler, El País semanal, 03/03/2002

     Dans le texte publié dans la revue espagnole El País semanal, Jordi Soler rend hommage à son grand-père républicain qui a fui l'Espagne après la guerre civile, s'est exilé au Mexique et a créé une communauté de réfugiés catalans. Dans ce fragment, il raconte comment son grand-père combattait la nostalgie. Une étude de ce texte offre la possibilité de situer La Catalogne dans la péninsule ibérique, la dictature de Franco dans l'histoire de l'Espagne et de comprendre les enjeux de la guerre civile. C'est pourquoi, afin d'accéder à la compréhension globale du document, j'ai attiré l'attention des élèves sur l'identification des personnages (leur nom, leur nombre et leur lien de parenté), l'espace (où se trouvent-ils? A Barcelone? Au Mexique?) et le temps (1936? 1939? Pendant la dictature de Franco? En 2002?).

     Toutes ces questions semblent évidentes à première vue si l'enseignant élucide les mots qui posent problème. Or s'il décide de mettre les élèves en situation réelle d'apprentissage, ces indices de lecture sont alors indispensables au débroussaillage du texte. En sollicitant l'interaction et l'inférence, les élèves ont été capables de dire que la scène se passait au Mexique, même si quelques allusions à l'Espagne figuraient tout au long du document. Afin d'éviter toute confusion, j'ai demandé aux élèves de justifier leurs propos en soulignant dans le texte toutes les récurrences au Mexique et à La Catalogne :

todo lo que remite a México

Todo lo que remite a MEXICO

todo lo que remite a CATALUNA

-la Portuguesa, una comunidad de refugiados catalanes situados en la selva de Veracruz

-Córdoba

Las ramblas

La fuente de Canaletas

la estatua de Colón

Barcelona

Latas, embutidos y turrones

       J'ai ensuite proposé aux élèves de présenter le grand-père et le petit-fils. Ils ont repéré les éléments dans le texte afin de présenter les deux personnages. Si l'on attendait l'emploi des temps du passé, un repérage dans le texte des verbes au passé simple et à l'imparfait était donc souhaitable.

El abuelo:

-nació en cataluña, en Barcelona

-Ahora vive en Méjico

-Se exilió a Méjico para huir la dictadira de Franco

-Luchó con los republicanos, contra los nacionalistas

El narrador:

-es mejicano

-nació en la Portuguesa, una comunidad de refugiados catalanes situada en Méjico

-Su padre es mejicano

-su madre es española porque nació en plena guerra

     Après les diverses reformulations et reprises, j'ai terminé le travail de compréhension en demandant aux élèves comment le grand-père combattait la nostalgie. Cette activité de repérage permettait l'emploi du gérondif espagnol:

El abuelo combatía la nostalgia...

proyectando filminas de barcelona (L4-L11)

llamando por teléfono a su familia cada 25 de diciembre (L11-L20)

yendo a Córdoba a visitar y comprar productos importados de España

reuniendo los domingos a su familia

    Dans le cas où les élèves doivent s'informer sur un aspect culturel, deux possibilités s'offrent au professeur. Soit celui-ci décide de leur donner l'information en classe ; soit il consacre une séance au CDI pour inviter les élèves à s'informer eux-mêmes. J'ai choisi la deuxième solution car consacrer une séance au CDI offre la possibilité à l'élève, pour la première fois peut-être, de lire un article de presse et de compulser des dictionnaires et des encyclopédies. Les élèves ont formé des groupes de trois ou quatre. Chaque équipe avait pour consigne de traiter ensemble les causes de la guerre civile espagnole, son déroulement, l'exil des républicains, et la dictature de Franco. A l'intérieur de chaque groupe, les élèves se sont alors répartis les tâches. Le travail s'est fait en français, car il est complexe et difficile. A la fin de la séance, un bilan oral a été fait.

      Il me semble que ce travail a été bénéfique car les élèves ont appris à chercher des informations en utilisant l'index, le sommaire d'un livre, un dictionnaire ou en formant des mots clés sur l'ordinateur. Ce travail les rend actifs et les aide à mieux assimiler les faits historiques. Cette activité de recherche approfondit également la compréhension du document et permet, à ceux qui n'ont pas tout compris, d'élucider les zones encore obscures du document étudié.

     Pour la mise en oeuvre de la tâche actionnelle, j'ai demandé aux élèves d'imaginer que le grand-père écrivait ses mémoires dans lesquels il racontait son enfance à Barcelone, la période de la guerre civile et sa vie au Mexique. Ce type de sujet n'est pas dénué d'intérêt, puisqu'il incite les élèves à revisiter le texte sous un angle différent, leur permettant ainsi d'affiner la compréhension du document et de s'approprier avec plus de facilité la langue de l'auteur.

    Avant de mettre en place les ateliers d'écriture, je les ai invités à réfléchir sur les critères d'évaluation de la tâche écrite qu'ils avaient à accomplir . Ils ont compris que le sujet oscillait entre l'imagination et la fidélité au texte et qu'ils devaient garder une certaine cohérence par rapport au texte étudié. Voici les critères que nous avons retenus:

-fidélité au texte

-connaissances historiques

-correction grammaticale

-richesse de la langue

-clarté du discours

    La co-évaluation implique les élèves dans l'élaboration des critères d'évaluation à partir desquels ils seront notés. Ce qui optimise les chances de réussite car les élèves connaissent les tenants et les aboutissants du travail à fournir.

     La répartition du travail n'est pas tombée de soi. Au début, les participants écrivaient à l'unisson le même texte. Parfois, ils n'étaient pas d'accord sur ce qu'ils devaient écrire, ce qui ralentissait le rythme de la rédaction. Dautres avaient choisi au sein du groupe un secrétaire. J'ai mis un terme à cette méthode en exigeant que chacun participe activement à la rédaction du texte. Je leur ai également appris à se répartir le travail pour gagner en efficacité. Un élève se consacrait à l'enfance du grand-père, tandis qu'un autre se penchait sur la guerre civile. Chaque groupe devait me rendre une rédaction écrite à plusieurs mains.

     Les élèves ont apprécié ces ateliers d'écriture pour différentes raisons. Ils pouvaient d'abord s'entraider. Ils m'ont confié que lorsqu'un élève ne savait pas un mot, un camarade de l'équipe lui donnait la solution. Ils ont pu ainsi échanger leurs avis et s'intercorriger.

     J'ai longtemps réfléchi sur la place de l'écriture dans l'enseignement des langues en France. Généralement, l'élève écrit en fin de séquence pour transmettre son savoir, pour montrer ce qu'il a appris, tout ceci en vue d'être noté. Or il n'apprend jamais à écrire, à construire des phrases, à les enrichir, à les faire lire, à les corriger, à imiter un style, à jouer avec les mots, bref, à éprouver un certain plaisir à écrire. Les ateliers d'écriture ont créé un espace dans lequel l'élève ne s'est pas senti épié et  jugé. Il sait que la note sera collective, que ses camarades peuvent l'aider et que l'enseignant est présent. Le travail en groupe me permettait  de circuler plus librement dans la classe, de dispenser mes conseils, d'apprécier l'évolution des rédactions, de comparer les travaux. J'étais plus détendu.

     Le travail d'écriture a donc permis aux élèves de manipuler la langue, d'utiliser le vocabulaire appris en cours, de conjuguer les verbes à la bonne personne et au bon temps. Les travaux d'élèves que je présente montrent que le résultat n'est pas parfait. Certains d'ailleurs, voulant faire preuve d'originalité, sont sortis des sentiers battus en exprimant dans un espagnol rudimentaire des idées complexes. ils ont sans doute cherché dans un dictionnaire ou essayé de traduire à partir du français. Globalement, les élèves ont éprouvé un certain plaisir à réaliser ce travail. Car je leur laissais le champ libre tout en les guidant et en leur rappelant les limites à ne pas dépasser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


¡Viva España!

pédagogie — Par olibre @ 13:20
   Cette leçon d'espagnol est évidemment caricaturale, mais elle me rappelle ces professeurs d'espagnol gestuels et fantasques qui nous faisaient apprendre ces mièvres dialogues entre Felipe et Lola! Ces enseignants usaient et abusaient d'impératifs comme "mírame" ou "escúchame" afin de retenir notre attention.

 

     Me voilà à mon tour, depuis sept ans maintenant, professeur d'espagnol. Je me reconnais dans la scène où Lola tente de corriger la prononciation de Felipe, car il m'est déjà arrivé d'exagérer la prononciation d'un mot pour que l'élève le prononce correctement. Il est vrai que le résultat est souvent pire. C'est pourquoi, pour ne pas vexer l'élève, je terminais en le félicitant d'un "muy bien".

 

     Cette caricature révèle également à mon sens l'idéologie qui accompagnait le contenu de l'enseignement de l'espagnol en France. D'abord le chuintement qu'on nous apprenait à faire et la vision d'une Espagne unie autour de la culture andalouse et madrilène qu'on nous enseignait. Etudier un texte sur le Pays Basque, La Catalogne ou qui traite de l'actualité en Amérique latine relevait du blasphème pour l'enseignant d'espagnol dans les années 80, qui véhiculait inconsciemment une image plutôt franquiste de l'Espagne unie autour de son roi et d'une seule et même langue : le castillan. Enfin, c'est mon avis.


la caricature du prof d'espagnol

pédagogie — Par olibre @ 22:42

Exposition au collège Hanotaux sur les produits apportés d'Amérique latine par les Espagnols

pédagogie — Par olibre @ 15:08

LO QUE TRAJERON LOS ESPANOLES DEL NUEVO MUNDO

Exposition sur les produits découverts par les Espagnols lors de la conquête du Nouveau Monde.

Exposition préparée par les hispanistes des classes de 3ème et réalisée par les élèves de la troisième C du collège Hanotaux à Saint-Quentin (collège classé ZEP,2007).

 

      L'étude du document "Historia del Chocolate" (Así es el mundo, classe de seconde) a été le point de départ de cette séquence pédagogique, qui avait pour objectif d'inviter les élèves à raconter, à l'oral et à l'écrit, l'histoire d'un produit rapporté d'Amérique Latine par les conquérants espagnols. Sur le plan linguistique, j'attendais des élèves le réemploi des verbes au passé simple et des indicateurs de temps, afin de rendre compte du texte et d'être capable de reconter l'histoire d'un produit en provenance d'Amérique Latine.

 

        Les élèves ont d'abord lu le texte en soulignant les verbes au passé simple et les indicateurs de temps. Après avoir corrigé le relevé et avoir réutilisé les verbes et les indicateurs de temps pour rendre compte du document, ils ont mis les verbes à l'infinitif et ont appris le passé simple de ces verbes (à la troisième personne). La deuxième séance fut consacrée à une activité de segmentation, qui les invitait à dégager les différentes étapes de l'histoire du chocolat, leur permettant ainsi d'affiner la compréhenzion du document et gagner en précision lors compte rendu oral.

 

       Lors du travail de compréhension, des noms propres, comme "Olmecas", "aztecas", "mayas", "Cristóbal Colón", ou "Hernán Cortés" ont fait obstacle à leur lecture. J'ai donc consacré une séance au CDI. Ce qui a permis à la documentaliste de l'établissement de les faire réfléchir sur les outils à utiliser pour ce type de recherche. Il n'est pas vain de prendre le temps d'emmener les élèves au CDI pour faire un travail de recherche. Je ne crois pas que ce soit formateur de demander aux élèves de chercher eux-mêmes sur internet, ou de préciser moi-même un aspect culturel ou de leurs donner des photocopies. Car l'élève apprend plus et mieux en cherchant par lui-même. Il fait ainsi fonctionner ses processus cognitifs et établit des stratégies d'apprentissage. 

         Attention également à l'usage d'internet. C'est une porte d'accès non négligeable à la connaissance, mais ce moyen n'apprend pas à l'élève à chercher, c'est-à-dire à lire, sélectionner, comparer, conceptualiser. Les livres sont formateurs, car ils permettent d'établir une méthode de recherche. Aidés par le professeur et le documentaliste, la lecture du sommaire, de l'index, les encyclopédies et dictionnaires sont souvent d'une meilleure efficacité que les moteurs de recherche.

        De retour en classe, les élèves ont échangé en français ce qu'ils avaient trouvé. Afin de récapituler ce que nous avions vu sur le texte, je leur ai soumis une série de verbes à l'infinitif déjà connus à conjuguer au passé simple. Ils devaient en faire une résumé :

A partir de los verbos subrayados, trata de relatar la historia del chocolate

cultivar, crear, llegar, preparar, volver a, traerse, desembarcar, enviar

una bebida amrga, semillas de cacao, el uso del chocolate, algunos granos, esas semillas,

 

En voici la trace écrite:

"Los Olmecas cultivaron el árbol que produce el cacao. después, Los mayas crearon una bebida amarga hecha con semillas de cacao. Cuando los españoles llegaron, los aztecas les prepararon un poco de xocolatl . Cuando volvieron a España, se trajeron algunos granos. En 1519, hernán Cortés desembarcó en Méjico y descubrió el chocolate. Lo envió a españa en 1520"

 

   Avant de mener des recherches sur certains produits d'Amérique Latine, j'ai demandé aux élèves de réfléchir sur les verbes et expressions dont ils auraient besoin pour présenter à l'écrit le produit concerné. Cette tâche métacognitive est souvent efficace, car l'élève se projette dans sa production avenir pour savoir ce dont il aura besoin. Il réalise ainsi ce que l'on attend de lui en s'imaginant le faire déjà.

 

LOS VERBOS : cultivar, crear, llegar, ser recibido, preparar, volver a, traerse, desembarcar en, enviar,

 

LOS INDICADORES TEMPORALES : hace unos tres mil años, cuando llegaron los españoles, el año 1519, en el año 1520, a finales del siglo XVIII, a principios del siglo XIX

 

EL LEXICO DE LA CONQUISTA : primera civilización, los olmecas, los mayas, los españoles, los aztecas, la isla de Guanaja, España, Cristóbal Colón, Hernán Cortés, los conquistadores,

 

Les trois classes de troisième dont j'avais la responsabilité ont travaillé sur les mêmes produits : 5 groupes sur la tomate, 5 sur la pomme de terre, 5 sur le tabac, sur la cacahuète et l'ananas. Les recherches ont été faites en français, mais la production en espagnol. Je leur ai conseillé de s'appuyer le plus possible sur le document initial pour reprendre la langue déjà utilisée.

J'ai corrigé les productions et je les données à la classe qui possédait un niveau scolaire satisfaisant. J'ai reformé des groupes et demandé aux élèves de faire une synthèse des travaux rendus par les autres classes. J'ai ensuite demandé à la classe la plus fragile sur le plan des résultats scolaire de réaliser l'exposition en cherchant les documents iconographiques qui illustreraient les synthèses sur chaque produit. Ils devaient ensuite recopier les synthèses en les illustrant. J'ai choisi cette classe, car de mon expérience j'ai appris que les élèves en difficultés scolaires se révèlent brillants dans des tâches pratiques, manuelles ou ludiques.

 

La réalisation de l'exposition a été un succès, car les élèves étaient occupés à chercher des images, dessiner, écrire. Certains ont d'ailleurs montré des talents de dessinateur. Ils étaient fiers d'eux. Une élève m'a même averti qu'elle mettrait son nom et son prénom sur sa feuille, car c'était elle qui avait réalisé le dessin.

J'ai ensuite invité les collègues à faire venir leurs élèves pour que mes élèves expliquent l'histoire de ces produits, et, d'une certaine façon, l'histoire de l'Amérique latine.

 

Voici les textes des élèves avec en gras les expressions linguistiques attendues:

 

EL TABACO

El tabaco vino de América Latina. Los mayas eran la primera civilización que cultivó el tabaco. El tabaco es una planta sagrada y curativa. Fue utilizada después por las tribus amerindias durante los ritos religiosos y sociales. La utilizaron para curar el dolor.

En 1492, cuando Cristóbal Colón y los españoles llegaron a Cuba, descubrieron el tabaco. Cuando volvieron a España, se trajeron el tabaco. En 1556 el monje André THEVET se trajo las primeras semillas del tabaco a Europa. El tabaco triunfó en Francia gracias a Jean NICOL y en Inglaterra gracias a Francis DRAKE, en 1585.

Se propagó rápido por Europa y en el siglo XVII en Japón, China y Africa.

 

EL CACAHUETE

El cacahuete fue descubierto durante la conquista del Nuevo Mundo por los exploradores españoles. Cuando los conquistadores volvieron a Europa el cacahuete formó parte del viaje. Un poco más tarde, los negociantes lo exportaron a Asia y Africa a fin de cultivarlo.

A lo largo del siglo XVII y XVIII aparecen las primeras explotaciones del cacahuete en el sur de los Estados Unidos. El cacahuete fue difícil de cultivar ya que durante las primeras explotaciones el desarrollo no fue extensivo.

 

 

LA PATATA

La patata fue descubierta por los habitantes de los Andes (los peruanos) hace 1000 años antes de cristo. Los incas cultivaron la patata llamada "papá". Fue introducida en España en 1534.

Los hombres comían la patata sólo durante las hambrunas. En Francia cultivaron la patata sólo los animales durante dos siglos hasta que Parmentier en 1760 dio las patatas a los prisioneros.

 

EL TOMATE

La palabra "tomate" es una deformación de la palabra inca "tomalt". Los incas bautizaron esta fruta en el siglo XVI. En México la bautizaron "jitomalt".

Los conquistadores españoles descubrieron el tomate en América del sur en el siglo XVI. Ellos pensaban que era la ruta de las indias. El tomate fue cultivado por los incas de la región andina. El tomate hizo su primera aparición en los jardines de los monasterios de Sevilla.

 

EL AGUACATE

El aguacate es la fruta de un árbol. Se cultivó en América central y del sur. Viene de México. Los aztecas y los mayas comieron el aguacate hace 8000 años. Los españoles lo trajeron a Europa en el siglo XVII. En Europa fue un producto de lujo pero en América fue muy corriente.

 

EL MAIZ

El maíz fue descubierto por las civilizaciones precolombinas entre 7000 y 5000 antes de cristo. Viene de América. Para las civilizaciones, el maíz es una planta alimenticia. Fue indispensable a la vida. El maíz tenía un carácter mágico en México y en Guatemala. El maíz es la cereal más antigua del continente americano.

 

EL CHOCOLATE

Los olmecas cultivaron el árbol hace 3000 años. Después los mayas crearon una bebida amarga hecha con semillas de cacao.

Cuando los españoles llegaron en 1492 los aztecas prepararon un poco de xocolatl y cuando los españoles volvieron a España se trajeron algunos granos de cacao. El chocolate llegó a españa en 1520. El chocolate es amargo. Entonces, hay que esperar casi un siglo para adaptarlo al paladar europeo y endulzarlo con miel, y un poco más tarde, con azúcar y leche. A principios del siglo XIX, se empezó a fabricar el chocolate en forma de tabletas.

 

LA PINA

Los indios de América central llamaron la piña "nana" que significa fragancia. Para los habitantes de Guadalupe, la piña era un regalo de bienvenida hacia los navegantes. Los habitantes de Guadalupe colgaban la piña en sus chabolas en señal de hospitalidad.

Cristóbal Colón descubrió la piña en 1493 en la isla de Guadalupe. En 1535 es presentada en la corte de España. . La piña llegó a Inglaterra en 1678 y en Francia en 1702.

 

Voici les photos de l'exposition:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Exposition sur Frida Kahlo par les élèves de la première STGE

pédagogie — Par olibre @ 14:29
Réalisation d'une fresque par les élèves de la première STGE à l'occasion de la journée des arts du Lycée Condorcet de Saint-Quentin, le vendredi 14 avril 2006.  

                       Travail préparatoire

     Le projet présenté dans ce dossier a demandé deux mois de préparation à raison d?une heure par semaine. Il visait à recréer l'univers pictural du peintre mexicain Frida Kahlo à partir du visionnage du film "Frida" par Selma Hayek.  Afin de mener à terme ce projet, les élèves ont dû concilier recherche documentaire et création artistique. 

     A l'issue de la projection de ce film, les élèves et moi même avons défini les axes de recherche : Frida et l'idéologie, Frida et la culture mexicaine, Frida et Diego, Frida et la douleur. Les élèves ont alors sélectionné les documents en lien avec l'axe de recherche qui leur était attribué pour s'y appuyer et les scanner.

         La recherche documentaire

    Pendant que le groupe qui travaillait sur l'idéologie recherchait la signification des termes "marxisme", "trotskisme", "muralisme" dans les dictionnaires et les encyclopédies, les autres équipes compulsaient les revues et les livres d?art du CDI afin de sélectionner les autoportraits qui correspondaient aux thèmes qui leur étaient attribués. Scanner les autoportraits était déjà le support à une réflexion.

      Au début, les élèves hésitaient entre une fresque chronologique et thématique. Il était alors question d'un panneau sur la douleur, un deuxième sur la vie de Frida et un troisième sur Diego et l'idéologie. Or ils se sont rendus compte que l'ensemble serait redondant, car beaucoup d?éléments symboliques se recoupaient. Ils ont alors décidé de mélanger lesdits autoportraits afin de créer l'univers pictural du peintre mexicain.

    Il fallait pourtant partir d'une idée maîtresse, d?un noyau autour duquel graviteraient tableaux et slogans. Puisque l'intention était de créer l'univers du peintre, les élèves se sont demandé qui se situait au centre de l'univers du peintre. La réponse s?est imposée : DIEGO.

                        Une peinture à même la peau

     Chez Frida, l'autoportrait reflète une image à la fois fidèle, instaurant un lien intime entre le peintre et son double, et rassurante. Le fait de se tenir toujours droite sur ses toiles et son éternel désir de se mythifier en déesse mexicaine ou héroïne tragique lui renvoient une image rassurante et valorisante qui lui permet de supporter la douleur et de continuer son combat pour la vie.

     Les élèves ont compris la peinture de Frida en la réalisant eux-mêmes. A un certain moment de l'élaboration, ils ont abandonné le pinceau, bien conventionnel, pour "mettre la main à la pâte", car ils ont compris qu'elle donnait entièrement sa vie, son corps à l'art afin de fixer un reflet, une image gratifiante. Les élèves ont alors été le reflet le plus fidèle de Frida.

  Description et commentaire de la fresque    

 

 

   Diego est écrit en lettres capitales au milieu du panneau central pour signifier l'importance qu'il prend dans la vie de Frida. Les élèves l'ont d'ailleurs assimilé à un soleil qui irradie la vie de Frida en déversant sur elle des rayons rouges, couleur de l'incandescence. Certaines phrases du journal intime accompagnent le rayonnement que prodigue Diego sur la vie de Frida. Les élèves se sont aperçus que Diego remplissait les fonctions de père, mère, amant, ami, colonne vertébrale, complice, double, camarade. Diego est comparé au bonheur (voir la photo de mariage du couple à droite) ainsi qu'à la peinture et à l'idéologie, avec la pratique du muralisme.

    En ce qui concerne la partie gauche du panneau, les élèves ont révélé la souffrance de Frida causée par Diego. Les cheveux coupés ou qui enserrent la gorge sont bien le véhicule affectif qui lie symboliquement le peintre à son mari. Il fallait également évoquer la souffrance physique sans que celle-ci noircisse le tableau. Les élèves ont alors choisi l'autoportrait qui la montre en train de faire une fausse couche pour passer de la souffrance physique à la souffrance morale. Choix judicieux car la fausse couche la lie à la fois à Diego et à son propre corps morcelé

 

    Sous fond de révolution mexicaine (les photographies en noir et blanc créent un relief, une toile de fond historique), le panneau de droite est consacré à l'idéologie marxiste, aux combats qu'ont livrés Diego et Frida et à l'accueil de Trotsky chez les Rivera.

 

  Le panneau de gauche montre une Frida souffrante mais stoïque. Accompagnée de ses amis les animaux et entourée d'une nature luxuriante, elle supporte la solitude et la souffrance. Les natures mortes qu'elle réalisa à la fin de sa vie (et qui figurent en bas à gauche) mettent en évidence le désir de vivre.

     Il est intéressant de voir comment les élèves ont mis en évidence la force de Frida, son combat pour la vie et son désir de sexualité. On a en effet l'impression qu'un torrent de lave, d'eau et de sang affluent en contournant les tableaux. On pourrait également considérer ces traces comme des flammes de différentes couleurs qui exprimeraient le bouillonnement intérieur, l'intensité qui habite le peintre mexicain.

     Après avoir étudié et créé, les élèves ont présenté la vie du peintre mexicain. Ils devaient, lors de la journée des arts, présenter leur travail en faisant visiter à ceux qui y étaient intéressés, ce qu'ils avaient réalisé. Afin de préparer cette journée, nous avons consacré une séance à l'analyse des autoportraits de Frida. Je leur ai demandé ce qu'ils pensaient de certains éléments, symboliques ou pas, qui figuraient sur les peintures. J'ai ensuite imprimé un topo qui leur permettait d'expliquer clairement aux intéressés la vie du peintre.

     Des fruits exotiques étaient éparpillés un peu partout dans la salle. Chavela Vargas chantait des chants révolutionnaires mexicains (les corridos de la revolución) pendant que le film « Frida » passait en boucle

     Le public était au rendez-vous ce jour-là. Les journalistes de France 3 sont même rentrés dans la salle pour y faire un reportage. Je craignais que les élèves ne sachent expliquer ou répondre aux questions du public(composé entre autres d'élèves et de professeurs). Comment pouvais-je savoir s?ils étaient prêts, s'ils avaient compris ce qu'ils avaient réalisé?

    Etre sur un fil : voilà la sensation que je ressentais. J'ai appris, grâce à cette expérience, que, avoir confiance en l'autre, c'est déjà le rendre responsable ; c'est l'investir d'une importance qui le fait grandir.

     Les élèves ont retenu l'attention des visiteurs. C'est avec aisance qu'ils ont expliqué la vie du peintre. Qui plus est, quand un élève ne parvenait pas à répondre à une question, avait oublié un détail ou éprouvait une quelconque difficulté, un autre arrivait à la rescousse pour lui prêter main forte.

 

 

 

 

 

 


Comment mettre en pratique la perspective actionnelle? III

pédagogie — Par olibre @ 13:25

Comment mettre en pratique la perspective actionnelle?

 

1 Un cours interactif

 

  En lycée, le recours à l'interaction est un excellent moyen pour mettre les élèves en situations d'apprentissage et de communication et les rendre ainsi actifs. La disposition des tables en U et la pratique de l'inter-correction dès les premiers mois facilitent l'échange entre les élèves. A la suite de deux lectures (une expressive, une autre silencieuse) ou de deux premières écoutes, l'enseignant invite son public à confier ses impressions, à émettre des doutes sur le document proposé. Voilà pourquoi l'usage des modalisateurs, comme "quizás", tal vez", "acaso", est vivement conseillé dès les premières heures de cours.

   Les premières impressions données, l'enseignant intervient pour demander aux camarades de confirmer ou d'infirmer ce qui vient d'être dit. Le recours à la justification par le texte invite l'élève à se servir de la langue de l'auteur. Lorsque l'élève demande un mot au profeseur, ce dernier veillera à regarder si ce mot ou un synonyme ne figure pas dans le document, car la langue que le document contient est bien plus authentique que celle de son humble serviteur.

   Les activités d'apprentissage préparées en amont par le professeur (tâches de repérage, de segmentation, de discrimination, d'identification, de catégorisation), et les relectures n'interviennent que lorsque l'interaction s'essouffle ou que le texte pose problème. En revanche, même si les activités cognitives ne sont pas nécessaires pour accéder à la compréhension du document, elles sont incontournables pour une bonne appropriation de la langue de l'auteur. C'est la raison pour laquelle elles peuvent faire office de tâches à la maison, être mémorisées après correction et appréciées lors d'une reprise.

   En collège, la méthode est inversée. Les élèves détiennent peu de moyens linguistiques. Il est donc préférable qu'ils découvrent eux mêmes la langue dont ils auront besoin lors de l'interaction à travers les activités cogntivies données par le professeur. En revanche, il faut, et ce dès le début de l'apprentissage de l'espagnol, habituer les élèves à ne pas élucider le texte en traduisant des mots. Au contraire, il faut l'habituer à inférer, à trouver des synonymes, des antonymes dans le texte.

   Cette nouvelle approche nous invite à réfléchir sur l'utilité de la trace écrite laissée aux élèves. Finalement, la trace écrite ne fausse-t-elle pas le travail de compréhension en faisant écran au texte? Aide-t-elle vraiment l'élève dans son apprentissage? Le professeur ne doit-il porter au tableau que les éléments qui ne figurent pas dans le texte? La trace écrite peut être constituée d'amorces complétées par les élèves en cours, également de phrases d'élèves corrigées par la classe et enrichies par le professeur. Les apports lexicaux ou grammaticaux du professeur figureront également sur le cahier de l'élève. La question du travail à la maison se pose alors. Il faut habituer l'élève à mémoriser, et en classe (c'est la raison pour laquelle ils doivent attendre que le professeur leur donne l'autorisation de noter) et à la maison. De même, il est important de donner un sens à leur apprentissage à la maison. C'est pourquoi le professeur veillera à présenter sa requête en termes de capacité :"Vous devez être capables de raconter l'histoire de..., décrire la scène, présenter tel personnage."

Chez eux, ils s'entraîneront, à l'écrit et à l'oral, à reformuler selon le sujet donné par le professeur et se rendront compte de ce qui a été mémorisé et de ce qui ne l'est pas. Evidemment, le reprise en classe est évaluée et se fait cahiers fermés.    En cours, il est important que les élèves ne prennent pas de notes. Car la prise de notes fausse l'interaction. Il s'agit plutôt de solliciter la mémoire à court et moyen terme en obligeant les élèves à répéter ce que vient de dire un camarade et, à la fin de l'interaction, à se rappeler les apports donnés par le professeur. La réactivation de la mémoire en cours permet de canaliser l'attention des élèves et d'optimiser le travail de mémorisation à long terme.

 

2 Exemple d'un dossier pédagogique comportant les différentes étapes qà la préparation de la tâche communicationnelle (Annexe 8)

 

 

Ecrire un événement personnel

 

Tâche d'apprentissage

Tâche communicative

Lire par inférence une page de roman

Ecrire ses confessions sur un journal intime

les compétences générales individuelles

 

-le savoir

 

 

 

-le savoir-faire

 

-le savoir être

 

 

 

Fidélité par rapport au texte d'origine

 

 

 

Savoir raconter des événements et exprimer ses émotions

Imaginer que le petit-fils raconte les événements qui le lient à son grand-père, ainsi que ses émotions à son égard. départs écrit à Denver sur son journal intimejeu de rôle

 

La compétence communicative:

 

-la composante linguistique:

 

-la composante lexicale

 

étude des verbes employés dans le texte au passé simple et à l'imparfait

Activités langagières

-chiffrées

 

-non chiffrées

production orale en continu. Expression écrite (en évaluation formative et sommative)

Production orale en interaction

 

Modalités de travail

Classe entière pour la compréhension de l'écrit. En groupe pour l'expression écrite (évaluation formative). Seul pour l'expression écrite (évaluation sommative)

Support:

"Nieto y abuelo", Despistes y franquezas, Mario Benedetti, 1990

Séance 1 Compréhension de l'écrit / expression orale en interaction

 

a)compréhension de l'écrit L1-L11 / expression orale en interaction

+lecture expressive

+lecture silencieuse

+Tâche d'expression orale en interaction à partir des effets de lecture, des hypothèses

 

Activité de repérage prévue:

Subraya con el lápiz todos los términos (pronombres, verbos, nombres, expresiones) que remiten al abuelo.

 

b)compréhension de l'écrit L11-L18 / expression orale en interaction

+lecture expressive

+lecture silencieuse

+Tâche d'expression orale en interaction à partir des effets de lecture, des hypothèses

 

Activité de repérage prévue:

Subraya con el lápiz los verbos que están en pasado (indefinido e imperfecto)

 

Tarea : ser capaz de presentar al abuelo sin abrir el cuaderno.

 

Séance 2 compréhension de l'écrit / Tâche d'expression orale en interaction.

 

a)reprise en prise de parole en continu sur "el abuelo"

b)reprise par un autre élève sur les circonstances de la découverte du secret

c)compréhension de l'écrit L19-L27

 

+lecture expressive

+lecture silencieuse

+Tâche d'expression orale en interaction à partir des effets de lecture, des hypothèses

 

Activité de repérage prévue:

Subraya con el lápiz todos los términos (pronombres, verbos, nombres, expresiones) que remiten al nieto.

 

Tarea : ser capaz de contar las circuntancias y presentar al nieto

 

Séance 3 compréhension de l'écrit / expression orale en continu / en interaction

 

a)reprise en prise de parole en continu sur las circunstancias y el nieto

b)compréhension de l'écrit L28-L54

+lecture expressive

+lecture silencieuse

+Tâche d'expression orale en interaction à partir des effets de lecture, des hypothèses

 

Activité de repérage prévue:

Subraya con el lápiz todos los verbos que están en pasado (indefinido e imperfecto)

 

tarea : ser capaz de contar lo que pasó entre el abuelo y el niño en pasado

 

Séance 4 Compréhension analytique / expression orale en continu / en

interaction

 

a)reprise en prise de parole en continu sur lo que pasó entre el abuelo y el niño

b)compréhension de l'écrit

+lecture expressive

+lecture silencieuse

+Tâche d'expression orale en interaction à partir des effets de lecture, des hypothèses

 

Activité de repérage prévue

Subraya con el lápiz todas las expresiones o frases que tratan de la relación entre el abuelo y el niño

 

c)tâche d'expression orale en continu avec appropriation des éléments soulignés

 

complicidad entre el abuelo y el nieto

para el abuelo el nieto representa una razón para vivir

Al abuelo le gusta hablar con el niño porque se siente menos solo

Los dos se llevan bien. Son como uña y carne. casi se parecen. Son dobles. El abuelo se reconoce a través del nieto.

 

tarea : ser capaz de dar cuenta de las relaciones entre el abuelo y el nieto

 

Séance 5 expression écrite (atelier d'écriture par 2)

 

a)prise de parole en continu sur les liens

b)repérage des verbes

c)interaction

 

d)Tâche d'expression écrite

 

Tâche : imagina que Octavio el nieto escribe su diario íntino. En una de sus páginas, relata su despedida con el abuelo, su salida y la mentira

 

 

Séance X expression écrite (évaluation sommative)

 

Imagina que Octavio el nieto escribe su diario íntimo. En una de sus páginas, relata su sorpresa al ver al abuelo hablando y expresa sus sentimientos por él

 

Critères d'évalutation définis avec les élèves:

Exactitude des faits, souci de fidélité, de cohérence

Respect des temps. Correction

Richesse de la langue (lexicale et syntaxique)

Qualité de la langue (correction syntaxique, lexicale,

orthographe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

(Se) construire un vocabulaire en langues, Groupe Français d'Education Nouvelle, Chronique Sociale, Lyon, octobre 2002.

 

Enseigner l'oral en interaction, Elisabeth Lhote, Hachette, FLE, 1995

 

Psychologie de l'éducation, Jean-Noël Foulin, Serge Mouchon, Nathan Université, 1999.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


la réhabilitation de l'oral dans l'approche actionnelle II

pédagogie — Par olibre @ 13:21

1-Comment développer une écoute active?

    Comme nous l’avons expliqué précédemment, la connaissance de tous les mots n’est pas primordiale pour comprendre un document. L’intention de l’approche actionnelle est de mettre en place des stratégies d’apprentissage qui permettront à l’élève d’accéder à la compréhension. Rappelons également que le mot, en tant qu’unité sémantique et othographique, n’existe pas à l’oral. En effet, les mots ne sont pas repérables en raison des liaisons et de l’accent tonique. C’est pourquoi le professeur ne doit pas s’acharner à bâtir sa fiche d’aide à partir de la transcription de son document. Il doit au contraire se mettre à la place de l’apprenant et essayer de comprendre les difficultés auditives auquel ce dernier sera confronté. Plusieurs critères sont à retenir pour la préparation d'un cours portant sur une compréhension auditive : la discrimination des sons, la segmentation du message sonore, la prise en compte des éléments extralinguistiques (intonation, environnement sonore, éléments typographiques, la gestuelle, le contexte) et la mise en relation de certains facteurs linguistiques (pronoms personnels, accord des adjectifs).  

      Dans son livre intitulé Enseigner l’oral en interaction, Elisabeth Lhote répertorie toutes les difficultés d’écoute auxquelles les auditeurs peuvent être confrontés. Elle explique d’abord que l'écoute active est une « écoute consciente effectuée dans la vigilance. » , qui met en jeu trois fonctions : la fonction d'ancrage, qui pousse l'auditeur à sélectionner et à concentrer son attention sur certains  éléments pendant qu'il consulte sa mémoire, la fonction de repérage, qui conduit l'auditeur à comparer, choisir ou à refuser les hypothèses émises par la fonction d'ancrage. Enfin, la fonction de déclenchement, qui est la résultante des deux premières. C'est elle qui aboutit à la compréhension.

    Je me suis inspiré de l'étude menée par Elisabeth Lhote sur la compréhension de l'oral et de mes réflexions sur le terrain pour distinguer trois grands types d'écoute qui, une fois proposées, permettront à l'élève d'optimiser sa capacité à écouter un message sonore. L'écoute globale est conseillée aux élèves dits "analytiques" qui, bloquant sur certains mots, peinent à comprendre le sens d'un message. La spécialiste de l'étude propose une écoute à plusieurs vitesses. l'augmentation progressive de la vitesse de la  bande sonore favorise le repérage des mots ou des syllabes mis en relief . L'écoute de la variabilité, par la diversification des tâches, change également certains comportements un peu figés ; elle séduit ceux qui ont de l'imagination et détourne l'attention des auditeurs  "analytiques".

     L’écoute analytique est en revanche destinée aux élèves qui n'ont qu'une approche approximative du document. On leur soumet des documents permettant de travailler l'argumentation, l'explication  et la description afin de fixer leur attention sur la structure du document. (tâche de segmentation). Il est également envisageable de faire rechercher les mots clés et les connecteurs logiques qui contribuent au sens global et à l'articulation des différents éléments du texte. On peut également leur demander d'inventer le contexte situationnel du document ou de choisir parmi plusieurs scenari celui qui correspond le mieux au document (avec justification). On facilite ainsi la détection d'indices que l'on oublie d'habitude d'écouter et de voir.

      Il est conseillé de développer une écoute perceptive pour des élèves qui ne cherchent que le sens du document. L'étude de dialogues permet de travailler sur le nombre de voix, le registre utilisé et les changements intonatifs qui révèlent les aspects de la personnalité des locuteurs. Les élèves pourront par la suite reproduire certains schémas intonatifs étudiés dans le dialogue en les mettant  dans des  situations vraisemblables. 

     On peut aussi leur demander de retracer la courbe intonative de l'un des personnages, de choisir, parmi plusieurs courbes intonatives, celle qui correspond à l'intonation du personnage ; de justifier en transcrivant les termes qui sont mis en valeur par l'intonation. Le travail sur les formes intonatives est un excellent prétexte pour travailler des articulations phonétiques délicates qui, sous l'effet de l'expressivité, se libèrent de leurs contraintes. Enfin, on peut leur proposer le script de ce qu’ils vont entendre en le présentant comme un bloc de phrases. A l’issue de plusieurs écoutes, ils devront rétablir la typographie propre au dialogue (tirés, ponctuation et accentuation).

    Il faut développer une écoute anticipatrice et récapitulative pour faire fonctionner leur horizon d'attente.  Cette activité‚ articulée en deux étapes, fait travailler l'analyse et la synthèse. On peut l'appliquer à partir d'une tâche de projection vers l'avant (faire écouter le début d'un document et ils doivent deviner la fin de la conversation. Cela peut être le début d'une phrase), par une tâche de projection vers l'arrière (dégager des idées et leur avouer qu'il en reste une  (la retrouver lors de la deuxième écoute))

   Les fiches d'aide permettent de mesurer le degré de compréhension des documents sonores par les élèves eux-mêmes. Elles peuvent servir d'évaluation formatrice (autoévaluation) et / ou d'évaluation formative (il suffit alors de l'insérer dans une séquence pédagogique dite thématique). Si le travail de compréhension se fait en classe, il me semble qu'il faut s'appuyer sur l'interaction afin de développer des compétences d'écoute, de compréhension, et d'expression. Les élèves écoutent deux fois le document sans rien écrire. Le professeur recueille quelques informations. En général, au bout de deux écoutes et grâce au travail collectif, les élèves arrivent à dégager le thème du document. Ensuite, le professeur demande aux élèves de repérer et d'écrire  les mots, verbes ou expressions qu'ils semblent reconnaître. Ensuite, il recueille les informations en utilisant le tableau. Il demande ensuite aux élèves à établir des lien sentre les mots et tisse ainsi un réseau de significations.

 

2-Les différentes formes de l’expression orale et la question de l’évaluation

   Le Cadre Européen de Référence établit une distinction entre la prise de parole en continu et l'interaction. Dans la prise de parole, l'élève parle pendant un laps de temps sans interruption. L'adaptabilité (capacité à trouver des tournures de substitution face à un oubli), la maîtrise de la syntaxe et le recours aux connecteurs logiques seront sollicités afin de parvenir à cette prise de parole. En ce qui concerne l'interaction, il sera demandé aux élèves de ne pas passer à l'écrit afin de préserver la spontanéité propre à cette activité langagière. Seront évaluées les capacités d'écoute et de compréhension, l'adaptabilité, la volonté de communiquer et la richesse lexicale.

 

Grille d'évaluation de la prise de parole en continu à la suite d'un travail de compréhension (compte rendu sur document inconnu)

COMPREHENSION DU DOCUMENT /07

Compréhension du document dans son ensemble /4

(thème + idées)

 

Compréhension du document dans ses nuances /3

(thèse, sous-entendus, nuances)

 

AUTONOMIE LANGAGIERE /05

 

J'utilise à bon escient les structures /3

qui figurent sur le document étudié.

adaptabilité‚ (tournures de substitution) /2

 

VOLONTE DE COMMUNIQUER / 08

correction linguistique /4

(barbarismes lexicaux, verbaux,

syntaxe défaillante)

autocorrection /1

prononciation, accentuation, intonation /3

 

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Evaluation d'une conversation (sans passer par l'écrit)

 

QUALITE DU MESSAGE

-correction de la langue /04

-richesse de la langue /04

-autocorrection /02

 

 

QUALITE DE L'INTERACTION

-pertinence des remarques /04

-adaptabilité /02

-expressivité /02

-intonation /02

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


la pédagogie actionnelle en classe d'espagnol I par Olivier Cardineau

pédagogie — Par olibre @ 23:44
A Evelyne SOL, pour m’avoir donné les outils afin de penser et créer mes cours.

 A Patricia CHAMORRO DE LA ROSA , pour m’avoir accompagné dans mes premiers pas, et m’avoir appris à écouter les élèves puis  à leur donner la parole.

 

                                                    répondre à toute demande d'un enfant en

                                                    suscitant son effort personnel dans la

                                                   direction de sa recherche et de son énergie à

                                                   le faire lui-même, après lui en avoir indiqué

                                                   les moyens. C'est difficile, puisque c'est une

                                                   maîtrise de sa propre faiblesse à laquelle il

                                                  arrive, mais une maîtrise de sa faiblesse pour

                                                  lui et non pas pour le plaisir du maître.

 

                                                          Solitude, Françoise Dolto.

                   

    Le Cadre Européen Commun de Référence change radicalement la conception française de l'enseignement des langues vivantes en plaçant la communication comme l'objectif principal à atteindre dans une classe. Ce qui signifie que l'enseignant ne doit plus considérer l’espagnol comme un objet d’étude, mais bien comme un outil qui permet d’accéder à la compréhension des documents et à l’expression personnelle de l'élève. Ce dernier quitte alors une attitude passive pour devenir acteur du cours et de son apprentissage. Cette conception de l’enseignement prépare l’élève à l’autonomie et à la vie en société. Sur le plan linguistique, elle le prépare à des situations futures.

    Le professeur doit étudier les documents qu’il a sélectionnés par rapport à la tâche communicative finale. Les activités de repérage, de segmentation, de classification, de catégorisation donneront les moyens linguistiques à l’élève, qui lui  permettront de comprendre le document et de réussir la la tâche finale. La tâche visera au réemploi des structures étudiées et mémorisées. Cette nouvelle conception de l’enseignement des langues ne tend plus à étudier un texte pour ses faits de langue. En effet, l’étude de faits de langue et du lexique ne se justifie que dans le cadre de la mise en situation finale de l’élève. Il faut évidemment éviter le « terrorisme linguistique » exercé sur les élèves qui les oblige, au-delà parfois du sens du document et de la cohérence langagière, à réemployer mécaniquement les structures étudiées et apprises.

 

1 – Le cognitivisme

     Mettre l'élève en activité demande de la part de l'enseignant une connaissance des processus cognitifs sollicités lors d’une activité langagière, telles la compréhension ou la production. Dans un travail de compréhension, l’élève met en place des stratégies d'apprentissage ; ce sont des opérations mentales qui interviennent sur des informations ou des données en vue d'en assurer la manipulation et / ou le traitement. Certaines stratégies, dites cognitives, semblent se développer spontanément (l’autorépétition). D'autres n'apparaissent que si elles sont enseignées (les tâches qui permettent d’accéder à la compréhension d’un document).

    Au fur et à mesure que l'enfant grandit, le traitement sémantique devient stratégique : la proportion de ceux qui prennent des notes et soulignent augmente. Les stratégies, comme l'autorépétition ou l'autoévaluation de la compréhension, sont mobilisées et utilisées spontanément dans des tâches simples. Quand la tâche se complexifie, elles sont moins efficaces car trop coûteuses sur le plan cognitif. C'est pourquoi l'automatisation des stratégies constitue un objectif à atteindre afin que les ressources restantes soient affectées aux activités de "haut niveau" propres à la tâche elle-même.

    C'est en classe que les stratégies cognitives sont enseignées afin que l'élève, seul, comprenne le document qui lui est soumis. La tâche de repérage (repérer une idée, un thème) permet à l’élève de chercher, comparer, discriminer, sélectionner. La tâche de segmentation (demander à l’élève la composition d’un discours) ou d’identification (identifier le nombre de voix dans une compréhension de l’oral, par exemple) permet à l’élève de se situer dans le texte, de prendre des points d’ancrage. La catégorisation (remplir un tableau, faire un schéma) invite l'apprenant à réunir et classer des informations afin de comprendre le document en profondeur.. Enfin la relecture permet de justifier les idées émises ou de s’autoévaluer.

    Cette méthode du retour au texte met en place des stratégies d'apprentissage qui améliorent l’autonomie de l’élève et optimisent le travail de compréhension du document. Elle permet également à l'élève de s'armer d'outils linguistiques afin de rendre compte du document, et de construire ses propres connaissances lexicales et grammaticales en vue d'une autonomie langagière.

 

2 – L’interactionnisme

    Cette réforme ne s’applique pas sans une mise en œuvre pédagogique de la part du professeur. Ce dernier recourra à l’élaboration de fiches d’aide ou à l’interaction dans son cours.

    Les bienfaits de l’interaction dans la construction mentale ont été mis en avant par Piaget. Pour le scientifique, l'être humain est en permanence sollicité par son environnement physique ou social auquel il est contraint de s'adapter. L'adaptation du sujet à l'environnement met en jeu deux phénomènes : l'assimilation  (familiarisation des données du monde extérieur afin de les rendre intégrables à la structure propre du sujet) et l'accomodation (ajustement du sujet aux données de l'environnement). Toutes les deux sont indissociables et interagissent entre elles. La situation à laquelle est confronté le sujet invite ce dernier à s’adapter et à développer des compétences.

    Les études expérimentales réalisées dans ce cadre théorique ont montré que, pour aboutir à des progrès cognitifs, les interactions sociales devaient donner lieu à un conflit sociocognitif. Confrontés à une situation-problème à résoudre, les partenaires d'une interaction doivent, d'une part, présenter une différence de centrations cognitives (point de vue, méthodes, réponses) et, d'autre part, rechercher une réponse commune au problème.

    La situation-problème peut être créée par l'intervention d'un élève qui, par un effet de lecture, commet un contresens. L'enseignant, sans aucune humiliation, reprend ce que vient de dire l'élève et demande l'avis de ses camarades. La situation-problème peut également venir du texte lui même. Le professeur, par la relecture d'une phrase ou d'un passage, demande aux élèves d'expliquer la teneur de ce qu'il vient de lire. Il peut également intervenir en affirmant une contre vérité afin de faire douter et réagir les élèves. Grâce à l'interaction, les élèves développent les capacités d'écoute, de réflexion, et d'expression, car ils sont obligés de s'ajuster à ce qui vient d'être dit. Ainsi, la mise en oeuvre pédagogique de l'enseignant est rythmée par la pratique de la "situation-problème", qui fait interagir les élèves, et celle de la justification par retour au document, méthode qui met en place des stratégies d'apprentissage. Il est évident que la disposition des tables en « U » ainsi que la mise en place, dès les premières séances, de l’auto et de l’inter-correction facilitent l’interaction entre les élèves. Le questionnement sur le texte venant du professeur est évidemment à bannir, les relectures à encourager.

 

3 - L’entrée par la pragmatique

     Les auteurs de (Se) construire un vocabulaire en langues signalent les divergences d'approche sur un texte entre un professeur de langues et un élève. Alors que les professionnels de l'enseignement abordent le document dans un intérêt linguistique, les élèves accordent une certaine importance au sens et au contexte en établissant