oliviercardineau

CARAMEL

Cinéma — Par olibre @ 23:25
    Ce beau film haut en couleurs présente des portraits de libanaises qui travaillent ensemble dans un institut de beauté. Ce qui rend ces femmes touchantes, c'est qu'elles sont tiraillées entre le désir de vivre pleinement une vie de femme libre et le poids de la morale venant de leur culture, à laquelle elles sont attachées. Ainsi  tentent-elles de concilier les deux. C'est par le mensonge ou le silence qu'elles y arrivent. Une des filles craint par exemple que son mariage ne soit annulé parce qu'elle n'est plus vierge. Une autre est attirée par les femmes mais ne se l'avoue pas. Ce conflit intérieur les rend à la fois fragiles et touchantes. 

     Le film se termine sur une note audacieuse. La cliente qui éprouvait une certaine attirance pour la coiffeuse homosexuelle a accepté, malgré la crainte de représailles dans son entourage, de se faire couper les cheveux très courts. Elle ressort du salon encore plus féminine et rayonnante.  Le film se termine sur l'image de cette femme heureuse, épanouie, qui déambule avec légèreté dans la rue, ne regrettant aucunement ce geste transgresseur, qui la rend encore plus belle. C'est tout en nuances que la liberté des femmes est revendiquée dans ce film qui, j'en suis sûr, touchera un certain nombre de libanaises et de femmes du Moyen orient. 


A l'homme qui m'a appris à jouer

culture — Par olibre @ 16:10

               A l'homme qui m'a appris à jouer

 

                                  à Sébastien Le Labourier

 

Aujourd'hui, je suis triste,

Car je vais quitter quelqu'un que je ne connais pas.

Quelqu'un qui m'a aidé, parce que j'étais moi,

parce que c'est quelqu'un habitué à voir des mois sans je.

 

J'ai beau chercher des métaphores

inventer toutes les images du monde pour le remercier

les mots me trahiront car ils ne traduiront que ma pensée.

 

Il faut se méfier de ces joueurs de je qui jonglent avec nos mots,

nous montrant leur endroit et leur envers.

leur sens, leur non-sens et leur double sens :

l'espace où le mot bascule d'un côté ou de l'autre ,

zone inexplorée qui attise les peurs,

ou bien zone où tous les mots ne sont que sur le bout de la langue.

 

Est-il donc funambule ou jongleur?

Il joue avec les mots sur le fil d'Ariane.

Nous sommes ses monstres. Ariane, telle une chimère,

nous a laissés.

 

Et, dans un moment si dramatique,

lui joue et jongle avec nos mots

Il nous donne le tournis ; nous fait douter de nous, d'eux et de lui.

Au final, par son je, il dédramatise, nous rend humain

Et se défile, car il n'appartient qu'à lui de le finir.

 

                               Olivier Cardineau

 

 


Allez les Sarkozystes. A vos stylos!

idéologie — Par olibre @ 18:10

LA FIESTA DEL CHIVO DE MARIO VARGAS LLOSA

Livres — Par olibre @ 19:30

La fiesta del chivo : une histoire qui questionne l'Histoire

    La fiesta del chivo est un roman qui jette la lumière sur une période obscure de l'histoire dominicaine : la dictature de Trujillo. Période obscure, car Trujillo a commandité un certain nombre de meurtres pour laver son honneur et pour le "bien" de son pays. L'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa aborde dans son roman la période qui précède et qui suit la mort du dictateur en révélant avec brio la sacralisation du pouvoir et les moyens par lesquels est alimenté le culte de la personnalité : l'apparence vestimentaire, les discours, le contrôle des médias et l'Eglise. Le terme de "fête" renverrait par conséquent à la cérémonie qui célébrerait une divinité. Le sacrifice des vierges participe à cette sacralisation du pouvoir : c'est le cas d'Urania.

     L'allusion au bouc semble au premier abord valorisante pour Trujillo, car elle met en évidence son aspect pulsionnel et animal, qui se traduit dans les faits par un certain phallocratisme. Mais, de la même façon, elle le ridiculise en le rendant dépendant d'une sexualité défaillante, qui lui fait faux bond à plusieurs reprises. Remarquons d'ailleurs que le déclin de la sexualité du dictateur correspond au déclin du régime...

    Dans ce roman, l'écrivain péruvien utilise la technique du dialogisme pour questionner l'Histoire. Alors que le récit sur la conspiration dialogue avec celui qui est axé sur la vie quotidienne de Trujillo avant sa mort, le récit d'Urania fait dialoguer le passé avec le présent. Cette dernière crée ainsi un dialogue vivant entre l'Histoire de son pays et son histoire personnelle. On pourrait même dire qu'Urania incarne le traumatisme laissé par cette dictature par la brèche psychologique qu'elle-même ouvre. Violée par Trujillo alors qu'elle était encore jeune et vierge, elle s'est réfugiée dans le travail, a coupé les liens qui l'unissait à sa famille et s'est refusée à toute relation sexuelle.

    Le dialogisme narratif crée un dialogue vivant entre les histoires individuelles et l'Histoire du pays. Un certain nombre de personnages se transforment en enquêteurs. Trujillo enquête sur les opposants à sa politique, tandis que les conspirateurs enquêtent sur le mode de vie de Trujillo afin de le tuer. Les troupes de Trujillo enquêtent pour connaître les responsables du complot tandis qu'Urania a enquêté durant de nombreuses années sur la dictature pour mieux comprendre le monstre qui l'a déflorée.

    Enquête, mais également quête d'Urania, qui retourne aux sources pour interroger on père. Ce dernier rompt le dialogue car il ne peut parler. L'Histoire est passée ; les acteurs ne jouent plus. Seules les plaies restent ouvertes. C'est donc par la parole qu'Urania va se libérer de ses angoisses en racontant à sa famille ce qui s'est réellement passé. La parole est d'abord thérapeutique. Elle devient salvatrice par l'écriture de Mario Vargas llosa qui, en rédigeant ce roman, libère la société dominicaine d'une histoire humiliante et culpabilisante où chacun est responsable de la victoire de l'un et de la mort de l'autre.

 

 


Exposition au collège Hanotaux sur les produits apportés d'Amérique latine par les Espagnols

pédagogie — Par olibre @ 15:08

LO QUE TRAJERON LOS ESPANOLES DEL NUEVO MUNDO

Exposition sur les produits découverts par les Espagnols lors de la conquête du Nouveau Monde.

Exposition préparée par les hispanistes des classes de 3ème et réalisée par les élèves de la troisième C du collège Hanotaux à Saint-Quentin (collège classé ZEP,2007).

 

      L'étude du document "Historia del Chocolate" (Así es el mundo, classe de seconde) a été le point de départ de cette séquence pédagogique, qui avait pour objectif d'inviter les élèves à raconter, à l'oral et à l'écrit, l'histoire d'un produit rapporté d'Amérique Latine par les conquérants espagnols. Sur le plan linguistique, j'attendais des élèves le réemploi des verbes au passé simple et des indicateurs de temps, afin de rendre compte du texte et d'être capable de reconter l'histoire d'un produit en provenance d'Amérique Latine.

 

        Les élèves ont d'abord lu le texte en soulignant les verbes au passé simple et les indicateurs de temps. Après avoir corrigé le relevé et avoir réutilisé les verbes et les indicateurs de temps pour rendre compte du document, ils ont mis les verbes à l'infinitif et ont appris le passé simple de ces verbes (à la troisième personne). La deuxième séance fut consacrée à une activité de segmentation, qui les invitait à dégager les différentes étapes de l'histoire du chocolat, leur permettant ainsi d'affiner la compréhenzion du document et gagner en précision lors compte rendu oral.

 

       Lors du travail de compréhension, des noms propres, comme "Olmecas", "aztecas", "mayas", "Cristóbal Colón", ou "Hernán Cortés" ont fait obstacle à leur lecture. J'ai donc consacré une séance au CDI. Ce qui a permis à la documentaliste de l'établissement de les faire réfléchir sur les outils à utiliser pour ce type de recherche. Il n'est pas vain de prendre le temps d'emmener les élèves au CDI pour faire un travail de recherche. Je ne crois pas que ce soit formateur de demander aux élèves de chercher eux-mêmes sur internet, ou de préciser moi-même un aspect culturel ou de leurs donner des photocopies. Car l'élève apprend plus et mieux en cherchant par lui-même. Il fait ainsi fonctionner ses processus cognitifs et établit des stratégies d'apprentissage. 

         Attention également à l'usage d'internet. C'est une porte d'accès non négligeable à la connaissance, mais ce moyen n'apprend pas à l'élève à chercher, c'est-à-dire à lire, sélectionner, comparer, conceptualiser. Les livres sont formateurs, car ils permettent d'établir une méthode de recherche. Aidés par le professeur et le documentaliste, la lecture du sommaire, de l'index, les encyclopédies et dictionnaires sont souvent d'une meilleure efficacité que les moteurs de recherche.

        De retour en classe, les élèves ont échangé en français ce qu'ils avaient trouvé. Afin de récapituler ce que nous avions vu sur le texte, je leur ai soumis une série de verbes à l'infinitif déjà connus à conjuguer au passé simple. Ils devaient en faire une résumé :

A partir de los verbos subrayados, trata de relatar la historia del chocolate

cultivar, crear, llegar, preparar, volver a, traerse, desembarcar, enviar

una bebida amrga, semillas de cacao, el uso del chocolate, algunos granos, esas semillas,

 

En voici la trace écrite:

"Los Olmecas cultivaron el árbol que produce el cacao. después, Los mayas crearon una bebida amarga hecha con semillas de cacao. Cuando los españoles llegaron, los aztecas les prepararon un poco de xocolatl . Cuando volvieron a España, se trajeron algunos granos. En 1519, hernán Cortés desembarcó en Méjico y descubrió el chocolate. Lo envió a españa en 1520"

 

   Avant de mener des recherches sur certains produits d'Amérique Latine, j'ai demandé aux élèves de réfléchir sur les verbes et expressions dont ils auraient besoin pour présenter à l'écrit le produit concerné. Cette tâche métacognitive est souvent efficace, car l'élève se projette dans sa production avenir pour savoir ce dont il aura besoin. Il réalise ainsi ce que l'on attend de lui en s'imaginant le faire déjà.

 

LOS VERBOS : cultivar, crear, llegar, ser recibido, preparar, volver a, traerse, desembarcar en, enviar,

 

LOS INDICADORES TEMPORALES : hace unos tres mil años, cuando llegaron los españoles, el año 1519, en el año 1520, a finales del siglo XVIII, a principios del siglo XIX

 

EL LEXICO DE LA CONQUISTA : primera civilización, los olmecas, los mayas, los españoles, los aztecas, la isla de Guanaja, España, Cristóbal Colón, Hernán Cortés, los conquistadores,

 

Les trois classes de troisième dont j'avais la responsabilité ont travaillé sur les mêmes produits : 5 groupes sur la tomate, 5 sur la pomme de terre, 5 sur le tabac, sur la cacahuète et l'ananas. Les recherches ont été faites en français, mais la production en espagnol. Je leur ai conseillé de s'appuyer le plus possible sur le document initial pour reprendre la langue déjà utilisée.

J'ai corrigé les productions et je les données à la classe qui possédait un niveau scolaire satisfaisant. J'ai reformé des groupes et demandé aux élèves de faire une synthèse des travaux rendus par les autres classes. J'ai ensuite demandé à la classe la plus fragile sur le plan des résultats scolaire de réaliser l'exposition en cherchant les documents iconographiques qui illustreraient les synthèses sur chaque produit. Ils devaient ensuite recopier les synthèses en les illustrant. J'ai choisi cette classe, car de mon expérience j'ai appris que les élèves en difficultés scolaires se révèlent brillants dans des tâches pratiques, manuelles ou ludiques.

 

La réalisation de l'exposition a été un succès, car les élèves étaient occupés à chercher des images, dessiner, écrire. Certains ont d'ailleurs montré des talents de dessinateur. Ils étaient fiers d'eux. Une élève m'a même averti qu'elle mettrait son nom et son prénom sur sa feuille, car c'était elle qui avait réalisé le dessin.

J'ai ensuite invité les collègues à faire venir leurs élèves pour que mes élèves expliquent l'histoire de ces produits, et, d'une certaine façon, l'histoire de l'Amérique latine.

 

Voici les textes des élèves avec en gras les expressions linguistiques attendues:

 

EL TABACO

El tabaco vino de América Latina. Los mayas eran la primera civilización que cultivó el tabaco. El tabaco es una planta sagrada y curativa. Fue utilizada después por las tribus amerindias durante los ritos religiosos y sociales. La utilizaron para curar el dolor.

En 1492, cuando Cristóbal Colón y los españoles llegaron a Cuba, descubrieron el tabaco. Cuando volvieron a España, se trajeron el tabaco. En 1556 el monje André THEVET se trajo las primeras semillas del tabaco a Europa. El tabaco triunfó en Francia gracias a Jean NICOL y en Inglaterra gracias a Francis DRAKE, en 1585.

Se propagó rápido por Europa y en el siglo XVII en Japón, China y Africa.

 

EL CACAHUETE

El cacahuete fue descubierto durante la conquista del Nuevo Mundo por los exploradores españoles. Cuando los conquistadores volvieron a Europa el cacahuete formó parte del viaje. Un poco más tarde, los negociantes lo exportaron a Asia y Africa a fin de cultivarlo.

A lo largo del siglo XVII y XVIII aparecen las primeras explotaciones del cacahuete en el sur de los Estados Unidos. El cacahuete fue difícil de cultivar ya que durante las primeras explotaciones el desarrollo no fue extensivo.

 

 

LA PATATA

La patata fue descubierta por los habitantes de los Andes (los peruanos) hace 1000 años antes de cristo. Los incas cultivaron la patata llamada "papá". Fue introducida en España en 1534.

Los hombres comían la patata sólo durante las hambrunas. En Francia cultivaron la patata sólo los animales durante dos siglos hasta que Parmentier en 1760 dio las patatas a los prisioneros.

 

EL TOMATE

La palabra "tomate" es una deformación de la palabra inca "tomalt". Los incas bautizaron esta fruta en el siglo XVI. En México la bautizaron "jitomalt".

Los conquistadores españoles descubrieron el tomate en América del sur en el siglo XVI. Ellos pensaban que era la ruta de las indias. El tomate fue cultivado por los incas de la región andina. El tomate hizo su primera aparición en los jardines de los monasterios de Sevilla.

 

EL AGUACATE

El aguacate es la fruta de un árbol. Se cultivó en América central y del sur. Viene de México. Los aztecas y los mayas comieron el aguacate hace 8000 años. Los españoles lo trajeron a Europa en el siglo XVII. En Europa fue un producto de lujo pero en América fue muy corriente.

 

EL MAIZ

El maíz fue descubierto por las civilizaciones precolombinas entre 7000 y 5000 antes de cristo. Viene de América. Para las civilizaciones, el maíz es una planta alimenticia. Fue indispensable a la vida. El maíz tenía un carácter mágico en México y en Guatemala. El maíz es la cereal más antigua del continente americano.

 

EL CHOCOLATE

Los olmecas cultivaron el árbol hace 3000 años. Después los mayas crearon una bebida amarga hecha con semillas de cacao.

Cuando los españoles llegaron en 1492 los aztecas prepararon un poco de xocolatl y cuando los españoles volvieron a España se trajeron algunos granos de cacao. El chocolate llegó a españa en 1520. El chocolate es amargo. Entonces, hay que esperar casi un siglo para adaptarlo al paladar europeo y endulzarlo con miel, y un poco más tarde, con azúcar y leche. A principios del siglo XIX, se empezó a fabricar el chocolate en forma de tabletas.

 

LA PINA

Los indios de América central llamaron la piña "nana" que significa fragancia. Para los habitantes de Guadalupe, la piña era un regalo de bienvenida hacia los navegantes. Los habitantes de Guadalupe colgaban la piña en sus chabolas en señal de hospitalidad.

Cristóbal Colón descubrió la piña en 1493 en la isla de Guadalupe. En 1535 es presentada en la corte de España. . La piña llegó a Inglaterra en 1678 y en Francia en 1702.

 

Voici les photos de l'exposition:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Freud dans l'oeuvre de Zweig

Livres — Par olibre @ 21:57
SA VIE

a)Vienne

 

     Né à Vienne en 1881, fils d'un riche industriel israélite, Stefan Zweig put mener ses études en toute liberté, n'écoutant que son goût qui l'inclinait à la fois vers la littérature, la philosophie et l'histoire. L'atmosphère cosmopolite de la Vienne impériale favorisa chez le jeune Zweig la curiosité du vaste monde, curiosité qui se transforma vite en boulimie, le poussant vers toutes les premières théâtrales. Néanmoins, Stefan Zweig ne se sentit jamais à l'aise dans cette société répressive et victorienne où l'on ne cherchait qu'à brider la jeunesse, à réprimer les sentiment des individus.Il soutint sa thèse sur Taine, voyagea et écrivit abodamment.. C'était un être attaché à son indépendance, assez égoïste et constamment tourmenté.

b)La littérature et les voyages

     Il connut le succès littéraire et vécut dans une grande aisance matérielle. En 1904, il alla à Paris, où il séjourna à plusieurs reprises et se lia d'amitié avec Jules Romains. Infatigable voyageur, toujours en quête de nouvelles cultures, il rendit ensuite visite, en Belgique, à Emile Verhaeren , dont il deviendrait l'ami intime, le traducteur et le biographe. Il vécut à Rome, à Florence, où il rencontra Ellen Key, la célèbre authoress suédoise, en Provence, en Espagne, en Afrique. Zweig visita l'Angleterre, parcourut les Etats-Unis, le Canada, Cuba, le Mexique. Il passa un an aux Indes. Les multiples voyages de Zweig devaient forcément développer en lui l'amour que dès son adolescence il ressentait pour les lettres étrangères, et surtout pour les lettres françaises. Cet amour, qui se transforma par la suite en un véritable culte, il le manifesta par des traductions remarquables de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, de son ami Verhaeren, dont il fit connaître en Europe centrale les vers puissants et les pièces de théâtre, de Suarès, de Romain Rolland, sur qui il fut l'un des premiers, sinon le premier, à attirer l'attention des pays de langue allemande et qui eut sur lui une influence morale considérable

c)sa position idéologique

    Au début de la première guerre, Zweig rentre en Autriche avec l'intention d'être mobilisé. L'armée le jugea inapte pour le front. Mais, comme son ami Romain Rolland en France, il ne put se résigner à sacrifier aux nationalismes déchaînés la réalité supérieure de la culture par-dessus les frontières. Ardent pacifiste, il fut profondément marqué, ulcéré par cette guerre Il explique tout cela avec ferveur dans "Le Monde d'Hier". Zweig fut toute sa vie un personnage socialement assez bizarre, souvent tenté par le nihilisme.

d)Hitler arrive... Zweig part.

     Hitler et ses nazis s'étaient emparés du pouvoir en Allemagne, et les violences contre les réfractaires s'y multipliaient. Bientôt l'Autriche, déjà à demi nazifiée, serait envahie. Dès 1933, à Munich et dans d'autres villes, les livres du "juif" Zweig étaient brûlés en autodafé. Zweig voyait avec désespoir revenir les mêmes forces brutales et destructrices que lors de la 1ère Guerre Mondiale, sous la forme, pire encore, du nazisme. En 1934, il partit en Angleterre, à Bath. Ce départ suscite d'ailleurs bien des polémiques chez les biographes de Stefan Zweig. Certains soutiennent l'hypothèse très plausible qu'il partit en exil devant l'imminence de la guerre et la montée de l'antisémitisme, tandis que d'autres affirment qu'il est simplement parti approfondir sa recherche sur Marie Stuart, dont il écrivait la biographie.

      Mais depuis l'abandon de sa demeure salzbourgeoise son âme inquiète ne lui laissait plus de repos. Il parcourt de nouveau l'Amérique du Nord, se rend au Brésil, fait de courts séjours en France, en Autriche, où les nazis tourmentent sa mère qui se meurt... Et la guerre éclate. Déjà en 1940, lorsqu'il préparait une conférence sur sa Vienne tant aimée, il avoua à Alzir Hella : "Vous serez battus". Zweig voit répandues sur l'Europe les ténèbres épaisses qu'il appréhendait tant. Il quitte définitivement l'Angleterre et gagne les Etats-Unis, où il pense se fixer. L'inquiétude morale qui le ronge a sapé en lui toute stabilité. Le 15 août 1941, il s'embarque pour le Brésil et s'établit à Pétropolis où il espère encore trouver la paix de l'esprit. En vain.

e) Les succès littéraires

      Il fut de son vivant l'un des auteurs les plus lus et les plus traduits de son temps. Comment expliquer cette popularité?

+la brièveté de ses récits

+la vulgarisation de ses biographies

+son désir d'être lu et compris de tous

"Son style n'avait rien de relâché, il était élégant, et ses métaphores l'élèvent au-dessus du cliché qu'affectionne d'ordinaire la littérature populaire."

Le monde d'hier. souvenirs d'un Européen. , Stefan Zweig

    Pour Zweig, la première guerre mondiale a fait chavirer un siècle dans un autre, a initié une période de crises, de bouleversements, d'insécurité. cette guerre entraîne également une crise d'identité avec la patrie de l'auteur, car elle remet en question la place du juif en Autriche et en Allemagne:

"Alors, le 28 juin 1914, retentit à Sarajevo ce coup de feu qui, en une seconde, fit voler en mille éclats, comme un vase de terre creux, ce monde de la sécurité et de la raison créatrice dans lequel nous avions été élevés, dans lequel nous avions grandi, et où nous nous sentions chez nous". p254

 

Pour lui, la montée d'Hitler, son populisme et et son racisme mettent en branle tout ce pour quoi il s'était battu :

"Tout autre lien, tout ce qui avait été, tout ce qui avait existé, était déchiré et brisé, et je savais que tout, après cette guerre, serait nécessairement, une fois encore, un recommencement. car ma tâche la plus intime, à laquelle j'avais consacré pendant quarante ans toute la force de ma conviction, la fédération paccifique de l'Europe, était anéantie."

 

 Le joueur d'échecs

    Les participants du Café Livre ont apprécié le talent de Zweig pour traiterde la capacité de l'esprit humain à trouver une échappatoire pour résister, pour survivre. Le narrateur dit à propos de Czentovic :

" Les monomaniaques de tout poil, les gens qui sont possédés par une seule idée m'ont toujours spécialement intrigué, car plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l'infini." p20

    Les participants se sont également rendu compte qu'une lecture historique et biographique s'imposait; Certains ont considéré l'échiquier et le jeu d'échecs comme l'allégorie de la seconde guerre mondiale. Czentovic, "machine à gagner" incarnerait le nazisme qui l'emportait sur les autres pays. Rappelons que Zweig s'est suicidé de peur qu'Htler envahisse l'Europe entière, et que Le joueur d'échecs fut écrit peu avant sa mort.

La confusion des sentiments

+critique de l'université qui réprime les sens pour ne cultiver que l'intellect. Le narrateur compare l'université à "une morgue pour cadavres de l'esprit". p10. le corps y est négligé. Roland avoue d'ailleurs que sa santé se dégrade et qu'il a besoin de se dépenser physiquement (p68)

 

+critique de la société normalisante, patriarcale et homophobe. L'homosexualité est considérée comme une déviance. Elle est marginalisée. Le professeur assouvit sa sexualité dans les bas fonds de berlin, où les jeunes hommes prostitués et crapules de tous genres errent et le font chanter

+Le texte joue sur le constraste : contraste entre le professeur et sa femme, entre les étudiants et les jeunes prostitués, comme pour révéler une vie parallèle, deux sociétés, "un malaise dans la Civilisation":

"Alors il partait toujours pour une grande ville où il trouvait, en quelque endroit écarté, des complices, des individus de basse condition, dont le contact était une souillure, une jeunesse tombée dans la protitution, au lieu de celle qui s'en remettait respectueusement à lui" p120

+aspect freudien

  Le professeur chéri diffère des autres en ce sens que ses moments de transe galvanisent les étudiants. Il vit de fait ce qu'il raconte:

"une puissante inspiration arrachait magnifiquement la parole à la méthode scientifique pour transformer la pensée en poème". p65

On apprendra plus tard que c'est une façon pour lui de sublimer sa sexualité.

    Quand Roland devient le secrétaire particulier et scribe de son professeur, il éprouve un ecratin plaisir à l'imiter, à relire les phrases du professeur, comme si, en établissant ainsi une polyphonie, il parvenait à s'unir à lui

"Et ensuite je m'en rendais compte : en relisant, je scandais et imitais son intonation avec tant de fidélité et tant de ressemblance qu'on eût dit que c'était lui qui parlait en moi, et non pas moi-même. Tellement j'étais déjà devenu la résonance de son être. l'écho de sa parole" 66

Cette union verbale est le substitut de l'union charnelle:

"Et j'accueillais en moi cette voix qui montait, chaude, enflammée et pénétrante, je frémissais douloureusement, comme une femme reçoit un homme dans son être" p125

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme

a)lutte acharnée entre la morale et la pulsion

Discussion entre les hôtes et le narrateur

Les hôtes représentent la certitude la morale, les valeurs sures et la tradition, la répression des pulsions ; tandis que le narrateur se fait la voix de la pulsion, du sentiment, de l'immoralité:

"Pour ma part, je trouvais plus honnête qu'une femme suivît librement et passionnément son instinct, au lieu, comme c'est généralement le cas, de tromper son mari en fermant les yeux quand elle est dans ses bras".p24"

 

La vieille femme = incarnation de la lutte entre l'expression de la pulsion et la répression de sa pulsion:

"Cette femme a vu en l'autre la projection de ce qu'elle était : la lutte entre la passion pour le jeu et sa piété. Il incarne l'opposé " p81

"La seule chose qui dans son récit m'émouvait et me terrifiait au plus haut point, c'était cet asservissement d'un homme jeune, serein et insouciant par nature, à une passion insensée". p93

 

b)freudisme:

 

+la confession de la vieille femme au jeune homme de ce qu'elle a vécu rappelle l'analyse dont parle Freud. Elle désire être guérie de l'histoire qui la tourmente:

"Mais on ne peut pas se débarraser de ce que nous appelons, d'une expression très incertaine, la conscience ; et lorsque je vous ai entendu examiner si objectivement le cas henriette, j'ai pensé que peut-être cette façon absurde de me tourner vers le passé et cette incessante accusation de moi-même par moi-même prendariant fin si je pouvais me décider à parler librement devant quelqu'un, de ce jour unique dans ma vie". p36-37

La parole est salvatrice car elle permet de révéler et reconnaître son désir le plus profond p104-105. Elle pardonne à cet homme et se pardonne cette incartade, car elle la reconnaît comme faisant partie de son histoire:

"et alors j'ai pensé que peut-être, en libérant mon âme par l'aveu, le lours fardeau et l'éternelle obsession du passé disparaîtraient et que, demain, il me serait peut-être possible de revenir là-bas et de pénétrer dans la salleoù j'ai rencontré ma destinée, sans avoir de haine ni pour lui, ni pour moi". p126

 

Les points communs entre les récits

 

+combat entre la morale et la pulsion

+l'intellectualisation (répression des pulsions) permet à certains héros de ne pas chavirer

+critique d'une société normative

+des personnages qui, à un moment de leur vie, basculent dans la pulsion, l'adoration, la folie

=brèche ouverte qui permet à l'auteur d'écrire l'écart entre ce que l'on attend d'eux, et ce qu'ils font

l'être et la société =

 

L'espace scriptural prend sa source dans cet écart.

 


TRAVAILLER PLUS... (dessin de BAR)

idéologie — Par olibre @ 18:57

IRINA PALM

Cinéma — Par olibre @ 10:00

                                                                                                              

      Irina Palm est un film délicieux qui réunit avec audace et de façon harmonieuse des thèmes et des mondes différents, voire opposés. Ainsi, le monde de l'hôpital côtoie celui de la prostitution ; la maladie du petit-fils est lié à la prostitution de sa grand-mère ; le comique flirte avec le dramatique,  la pornographie avec le sentiment. Enfin, Soho se retrouve aux côtés du puritanisme. J'ai eu l'impression au cours du film que, grâce à cet emploi, la grand-mère se sent indépendante et libre. Elle est valorisée en tant que femme. Elle devient coquète, car ses charmes sont  reconnus. ce qui est également amusant, c'est qu'elle exige de la reconnaissance, voire de l'humanité dans un monde où règnent le capital et la pornographie. Elle veut représenter autre chose que le profit. Elle veut que son patron l'estime. Elle impose ses valeurs humaines. "Vous avez un beau sourire" lui dit-elle. "Vous devriez sourire plus souvent". Ce qui signifie : vous devriez être plus humain. Enfin, le moment où elle prend le thé avec ses anciennes amies bourrées de principes victoriens est drôle, puisque Irina Palm dit et fait tout haut ce que les autres pensent tout bas.

     Ce qui fait le charme de ce film audacieux, c'est le personnage d'Irina Palm, qui évolue et  s'épanouit grâce à son travail, tout en gardant intactes ses valeurs humaines. Elle dira à son fils qu'elle n'est pas une putain. D'abord,  parce qu'elle ne fait que masturber les hommes. Ensuite, parce qu'elle a le droit comme tout être humain au respect. Ce film critique une société intolérante qui juge encore sur des principes moraux. c'est également une belle leçon d'humanité et d'humilité 


PS is open

idéologie — Par olibre @ 10:33

Ségolène Royal face à l'image

idéologie — Par olibre @ 20:28

  Cette photo, parue aujourd'hui dans Libération, reflète, à mon avis,  le fonctionnement de la société actuelle, et le comportement des politiques face à la civilisation de l'image dans laquelle nous vivons.

    C'est une photo qui ne montre pas de visage. Une photo qui, paradoxalement, présente l'envers du décor, le moyen par lequel nous recevons l'image, tel un effet de miroir. De plus, la photo nous prive du visage de Ségolène Royal, comme si elle en était dépourvue. D'abord parce qu'on ne le voit pas. Ensuite parce qu'il est "mitraillé" par des dizaines d'appareils photos, volé par plusieurs caméras.

    Cette "usurpation" du visage nous invite à réfléchir sur une société dominée par les médias et axée sur la superficialité. Ce qui compte c'est l'image que l'on donne, pas ce qu'il y a derrière. Pour ma part, je trouve que ce sont les médias et les sondages qui ont rythmé la vie des candidats à la présidentielle.  J'ai donc envie de savoir ce qu'il y a à l'intérieur de cette boîte crânienne. Ce que pense cette Ségolène si mystérieuse qui aime à jouer avec les médias. Il n'y a peut peut-êre rien, comme le suggèrent ses détracteurs. Moi je pense qu'il y a quelque chose. Mais quoi? Et le sait-elle elle même? A force d'avoir médiatisé sa vie et de vouloir plaire à l'opinion, elle s'est perdue. Plaire au virtuel ne serait donc pas une bonne solution.

     Cette photo m'inspire finalement de la solitude.  Ces micros, brandis devant elle, ces journalistes qui ne pensent qu'à se faire mousser, ces cameramen qui filment la moindre ride et elle, stoïque, le sourire figé, tiraillée entre le comité désirs d'avenir, le parti socialiste et les sondages. La société fabrique-t-elle à présent ses présidents comme elle fabrique ses stars? Les sondages sont-ils réellement un indicateur fidèle de l'opinion? N'influencent-ils pas, tel un baromètre, le comportement du citoyen? Les médias participent-ils au bon fonctionnement de la démocratie?.


Hommage à Reinaldo Arenas

idéologie — Par olibre @ 23:14

                                 Lettre d'adieu 

    Chers amis,

    Vu l'état précaire de ma santé, et la terrible dépression sentimentale que je ressens du fait de ne pouvoir continuer d'écrire et de lutter pour la liberté de Cuba, je mets fin à mes jours.  Ces dernières années, même si je me sentais très malade, j'ai pu terminer mon oeuvre littéraire sur laquelle je travaille depuis presque trente ans. Je vous laisse donc comme legs tous mes cauchemars, mais également l'espoir que Cuba sera bientôt libre. Je me sens fier d'avoir pu contribuer, même modestestement, au triomphe de cette liberté. Je mets fin volontairement à mes jours parce que je ne peux continuer de travailler. Aucune des personnes de mon entourage n'est impliquée dans cette décision. Il n'y a qu'un responsable : Fidel Castro. les souffrances de l'exil, les peines de l'expatriation, la solitude et les maladies que j'ai pu contracter dans l'exil, je ne les aurais sûrement pas subies si j'avais vécu en toute liberté dans mon pays.

  Au peuple cubain, exilés et insulaires, je vous exhorte à continuer de lutter pour la liberté. Mon message n'est pas un message de défaite, mais de lutte et d'espoir. Cuba sera libre. Moi, je le suis déjà.

                                                  Reinaldo Arenas

 Lettre publiée à la fin de l'autobiographie de Reinaldo Arenas, Antes que anochezca, édition Tusquets. Lettre écrite en 1990

 


BIENVENUE A SARKOLANDIA

idéologie — Par olibre @ 15:01

"Après lui" avec Catherine Deneuve

Cinéma — Par olibre @ 14:59

 

 

   Le sujet est assez risqué mais intéressant. Je me suis demandé comment  Deneuve interpréterait le rôle d'une mère qui apprend la mort de son fils. Le risque était de tomber dans le pathos, les larmes, la crise de nerfs. Deneuve interprète une mère qui n'arrive pas à se faire à la mort de son fils. C'est pourquoi la scène de l'enterrement est saisissante. Quand  la mère voit le tracteur combler la fosse en remettant la terre, elle fuit à travers les allées du cimetière. La caméra l'accompagne dans sa course  maisle bruit assourdissant du tracteur  ne la lâche pas. 

   Elle tente de retouver son fils à travers les objets qu'il a laissés, à travers les amis qu'il a connus, à travers les jeunes qu'elle rencontre. Elle tente de s'accrocher à des souvenirs, mais le temps passe. Les amis de son fils n'oublient pas le défunt  mais continuent de vivre.  Elle le dit elle même, quand on est jeune, les choses passent plus facilement. Elle le sait mais ne supporte plus de vivre dans le présent. Ellé délaisse sa fille et son petit-fils. Elle a sans doute l'impression que le nouveau né a pris la place de son fils. Son entourage lui renvoie un reflet du vivant qu'eller refuse. 

    Elle cherche le mort ; elle cherche la mort.  Elle le/la trouve auprès du meilleur ami de son fils. Elle  considère ce dernier  comme le seul témoin de l'existence de son fils, ainsi que comme l'accompagnateur  qui lui permettra de rejoindre son fils. Quand elle lui demande sur le lieu de l'accident de rouler à la même vitesse, ou quand elle lui demande de brûler l'arbre contre lequel s'est écrasée la voiture,  ce n'est pas pour l'oublier, c'est pour se jeter dans les flammes, pour rejoindre la chair de sa chair.

    C'est donc une femme désamparée qui s'accroche à un jeune homme qu'elle considère comme son fils.  Elle décide de vivre avec des témoins, des ombres du passé. Je garderai en mémoire la scène où l'on voit le visage  de catherine Deneuve blanchie par le reflet des flammes qui détruisent l'arbre qui  a tué son fils. L'arbre est symbole de vie comme de mort. Le feu purifie comme il détruit. De puis la mort de son fils, la vie de cette femme s'est arrêtée : elle se trouve sur un fil, entre la vie et la mort. Elle choisit d'abord la mort quand elle se dirige vers  l'arbre.  Mais l'ami de son fils la retient. Alors elle va vivre et regarder l'ami de son fils comme si c'était son fils.  Elle décide de vivre avec des ombres du passé, dans l'ombre des flammes

 

  


"Les âmes grises", de Philippe Claudel

Livres — Par olibre @ 14:57

Les Ames grises

   Tout part du meurtre d'une fillette en 1917, dans un petite ville au bord de la frontière belge. Le narrateur, témoin de ces faits, raconte retrospectivement l'affaire et ressuscite les villageois qui ont participé de près ou de loin à l'histoire macabre.  C'est par une écriture digressive mais qui retombe toujours sur ses pieds que le narrateur raconte les événements, sonde les personnages et exprime ses propres sentiments. L'intrigue policière se mêle en effet à un récit psychologique, puisque, en écrivant ces lignes, le narrateur évoque l'époque où sa femme est morte ; il  accomplit de fait un travail de deuil.  

         On pourrait même considérer le roman comme une histoire de fantômes. Le brouillard, la ressemblance faite par le narrateur entre la fillette, l'institutrice et sa femme, ainsi que la silmilitude entre le narrateur et le Procureur, brouillent les esprits.

   Dans ce roman, personne n'est noir ou blanc. L'homme est gris. Gris comme le temps, le chagrin après la disparition d'un être : gris comme l'absurdité de la guerre, qui plonge le pays dans la violence et la haine:

"Les salauds, les saints, j'en ai jamais vu. Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c'est pareil... T'es une âme grise, joliment grise, comme nous tous..." p134

     Puisque rien n'est sûr, le coupable n'est pas trouvé. Le mystère de l'affaire rappelle celui de l'homme. D'ailleurs, l'intention du narrateur n'est pas de résoudre l'énigme. Le projet d'écriture est plutôt d'ordre personnel :  écrire les fantômes qui vous hantent avant d'aller les rejoindre, voilà l'histoire de ce livre : une ultime façon de témoigner de son existence avant de quitter le monde (le narrateur se suicide après avoir écrit son récit).


"The fountain"

Cinéma — Par olibre @ 14:54

      Ce film réunit le baroque à la science fiction. Le résultat en est utopique. L'arbre de la vie, incarnée dans ce film par l'Arbre du monde des Incas (qui donne la vie éternelle), est le noyau qui articule les différentes histoires. C'est grâce à son écorce que le chercheur parvient à faire rajeunir un singe. Malheureusement, il ne pourra pas appliquer le fruit de ses recherches à sa femme, qui meurt d'une tumeur.

        Avant de mourir, sa compagne lui  demande de terminer son roman. L'Arbre des Incas y figure également, car la reine d'Espagne demande à l'un de ses conquérants de trouver la fontaine de jouvence et l'Arbre de La vie évoquée dans la Bible. Elle lui signale que, dans le cas où il la trouverait, elle deviendrait alors son Eve. Déciément, les liens se tissent entre la fiction et la prétendue réalité. Car la quête adamique, ou le retour au paradis, est désiré tant par la reine et son conquérant que par le chercheur et l'écrivaine.

      Le livre n'est pas achevé. Le conquérant est sur le point d'être tué par  le roi maya, qui tente de défendre l'Arbre du Monde. Le chercheur, qui alors était obsédé par le désir de soigner sa compagne, transfère son obsession sur le conquérant. Ce dernier découvre l'Arbre et en en boit sa sève. La puissance de vie est si forte qu'il  meurt. Cette explosion de vie, qui termine par la mort, rappelle l'utopie de cette entreprise. Elle rappelle également que la mort fait partie du cycle de la vie. Car la décomposition engendre la vie. L'écrivaine avait compris cela avant de mourir ,car elle disait à son chercheur de mari qu'elle allait mourir sereine. On assiste de fait à une inversion. L'écrivaine ne croit plus à cette quête folle de guérison ou de vie éternelle. Lui, si.

     Jusqu' à ce qu'il termine le livre.  Le film s'achève sur le chercheur, devant la tombe de sa femme. IL creuse un trou pour y enfouir une chataigne. Ensuite, il repense à elle, à leurs ébats. On voit une aisselle, des poils, la peau. ET là on pense que l'éternité réside de fait, non dans une croyance de vie éternelle, mais dans la mémoire dees souvenris partagés avec l'être aimé, des souvenirs si intenses qu'il gardera en mémoire jusqu'à sa mort.

     D'une certaine façon, le film se donne sa propre mort en montrant que la folle quête de l'impossible ne peut que rendre  malheureux

 


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