oliviercardineau

L'incertitude

Gens — Par olibre @ 10:41

 

 

  Que suis-je en train de faire sur cette photo? Je m'apprête à partir? A rejoindre quelqu'un? Qui se trouve derrière l'appareil? Et ce foyer lumineux, n'annonce-t-il pas un message divin? A moins que ce ne soit un Objet Volant Non identifié qui se pose ou décolle, laissant ainsi planer le doute sur ma propre personne. D'ailleurs, je me demande qui peut bien se cacher derrière moi. A qui appartient cette ombre? Quant à mon regard, sur qui se pose-t-il?

  J'ai l'air hésitant. Je veux faire plaisir, et j'ai envie de faire ce que je veux. Je crains des représailles. Ai-je l'air apeuré? C'est cette incertitude, souvent insupportable, ce sont ces questions, souvent sans réponse, qui nous amènent à goûter à la complexité de l'être. Même le passé devient improbable. Tout devient flou. L'être se conjugue à toutes les personnes, mélangeant les temps et les modes dans une concordance insupportable. La ponctuation vole en éclats. La colère fait rage. Face à ce moi mouvementé, certains décident d'élucider, d'autres, d'éluder, d'autres, d'interroger.

 

 


Imiter et créer pour réussir

pédagogie — Par olibre @ 09:08

 

 

    J'ai demandé à deux classes de seconde qui viennent de deux lycées différents la même tâche, après avoir étudié avec eux les mêmes documents. Les élèves devaient rédiger un mail à leur meilleur ami dans lequel ils confiaient leur amour pour un ou une camarade de classe qu'ils connaissaient, mais qui avait récemment changé. J'espérais un certain nombre de réemplois : le lexique de l'école, de la transformation physique et morale, l'utilisation de l'imparfait et du passé composé. La classe de seconde du lycée favorisé a en majorité réussi l'épreuve, tandis que l'autre a échoué. J'avais pourtant invité les élèves des deux lycées à réfléchir sur les critères sur lesquels ils allaient être évalués, mais rien n'y a fait. La classe de seconde favorisée a considéré le sujet comme il se devait, c'est-à-dire comme un jeu de rôles qui permettait de réemployer la langue étudiée en cours. les élèves savaient comment obtenir une bonne note (ou comment me faire plaisir), tandis que la classe de seconde du lycée défavorisé a considéré le sujet comme un sujet d'invention. Ils n'ont pas compris l'esprit de l'activité de tranfert, se sont écartés des limites linguistiques, ce qui a entraîné de nombreuses erreurs de langue. Aucun réemploi ne figurait sur leur copie et mon activité ne servait alors à rien. Les élèves du lycée défavorisé n'ont-ils pas assez prêté attention à la cohérence interne de ma séquence? La réussite de l'élève passe-t-elle forcément par la discipline?

      Il est intéressant de remarquer que le terme "discipline" renvoie à la fois à la matière scolaire et à un comportement exemplaire, comme si l'élève devait bien se tenir pour bien apprendre. Il est vrai que les élèves des quartiers favorisés réussissent, car ils sont tenus par une structure familiale ; ils craignent plus ou moins l'autorité parentale et prennent conscience des limites à ne pas franchir. Ce facteur sociologique explique-t-il pour autant l'échec des élèves des quartiers défavorisés? Nous pouvons déja déplorer le manque de concentration et de discipline de ces élèves en cours, ainsi que l'absence de désir de réussir dans leur vie. Dans les lycées "favorisés", les élèves ont appris à obéir pour réussir, alors que les élèves des quartiers populaires ne sont jamais en situation de réussite.

     Pour réussir, faut-il seulement apprendre à obéir? Les élèves qui ont échoué n'ont pas compris mes exigences, la cohérence de ma séquence, mes objectifs, car ils n'ont pas l'habitude d'obéir, d'être disciplinés, de se soumettre à un ordre ou un schéma de pensée. Faut-il alors ne plus bâtir de séquence et ne plus attendre d'eux un tranfert de connaissances? Je me dis parfois que ce serait plus facile si j'éludais le travail de compréhension sur les documents pour ne m'intéresser qu'à la production orale ou écrite de l'élève. Ce serait moins contraignant pour moi et plus distrayant pour l'élève. Je pourrais également accélérer le travail de compréhension, invitant les élèves à puiser dans les documents les éléments dont ils ont besoin pour réussir la tâche finale. le problème, c'est qu'avec le pillage textuel le document n'est plus respecté dans sa nature et la langue est décontextualisée et instrumentalisée en vue d'une réalisation bien particulière.

    Travailler sérieusement la compréhension, c'est proposer à l'élève différentes activités d'apprentissage qui lui permettront d'entrer dans le document et de se l'approprier. En d'autres termes, ces activités cognitives mettront en place des stratégies pour comprendre le document et dégager une langue qui sera utilisée pour une production future. Le travail de compréhension permettra également à l'élève de structurer sa pensée et d'imiter le texte lors d'une tâche future. D'une certaine façon, la tâche finale doit être considérée comme une activité qui invitera l'élève non seulement à imiter et jouer avec les documents étudiées en cours, mais aussi à créer, inventer, transformer à partir de ce qu'il a appris. Ainsi, tout le monde s'y retrouve : l'élève discipliné réussira en réemployant la langue étudiée et gagnera en créativité, et l'élève défavorisé exprimera sa créativité et apprendra à se discipliner.

OC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Apprendre en situation

pédagogie — Par olibre @ 08:50

    Certains estiment que l'apprentissage d'une langue vivante commence par l'enseignement de la grammaire. Sans règles de grammaire, sans conjugaison, point de salut! L'élève ne peut ni comprendre, ni parler la langue, car il va de soi qu'il faut apprendre avant de parler, qu'il est impossible d'apprendre à parler, à comprendre! Pourtant, le recours à l'audiovisuel, dès les premiers cours, permet de développer les compétences sollicitées lors d'un travail de compréhension in situ. Voir des individus se saluer en langue étrangère, c'est déjà identifier une scène de la vie quotidienne, avec des sons émis par des locuteurs, sons qui seront retranscrits tels quels par l'élève, et orhographiés correctement grâce à un support écrit, à la suite d'une compréhension auditive. Car les activités langagières sont complémentaires pour une construction efficace des apprentissages, dès lors qu'elles sont définies et disscociées en amont par le professeur.

    Contrairement aux pratiques actuelles qui consistent à privilégier une, voire deux activités langagières pendant plusieurs semaines, je crois que les chances de mémorisation et d'acquisition s'accroissent si les différentes activités langagières sont sollicitées sur un même support, un même thème ou une même séquence. L'acquisition d'un mot n'est en effet possible que si l'élève l'entend, le voit écrit et se l'imagine mentalement. La situation d'apprentissage doit donc permettre de réunir les piliers phonologique, graphique et icônique afin d'optimiser les chances de mémorisation.

    C'est pourquoi il est intéressant de proposer, à l'issue d'un travail de compréhension global et approfondi sur un document sonore, le support écrit correspondant au document, afin d'accéder à la compréhension analytique et consolider l'identification entre graphème et phonème. Il est également envisageable d'alterner support auditif et support écrit sur un même document, si les activités langagières sont bien dissociées dans l'heure de cours. Il faut enfin proposer à l'élève des activités de schématisation, d'illustration, pour que ce dernier contextualise mentalement et sur papier la scéne décrite dans le document. L'illustration, légendée par les mots du texte, permettra au professeur d'apprécier la compréhension du document.

    Lors d'un stage à Amiens sur la mémoire et les apprentissages, Marc Campanas a rappelé qu'avant d'apprendre, il fallait déjà que l'élève comprenne ce qu'il étudiait, c'est-à-dire qu'il construise du sens. Encore mieux si l'élève arrive par la suite à organiser seul le matériel à mémoriser, en procédant par unité de sens. Afin de parvenir à cette automatisation, le professeur aborde les documents à partir des activités d'apprentissage qui mettront en place ces unités de sens. Surligner par exemple les mots qui renvoient à un même thème ou remplir un tableau, c'est permettre à l'élève de construire un réseau de significations, lui offrir un moyen d'aborder le document par unité de sens.

   Prenons le cas de nos élèves de STG, qui éprouvent de nombreuses difficultés à comprendre un document. En plus de leur carence en vocabulaire, ils peinent à établir des liens logiques entre des notions ou simplement des informations qui figurent sur le document qu'ils étudient. Le repérage, un tableau à remplir ou la mise en place d'une activité de schématisation dédramatisent l'entrée par le texte et fixent l'attention des élèves sur les points essentiels à la compréhension du texte.

   Enfin, à l'occasion de ce stage, en affirmant qu' "on ne réussit pas parce qu'on est motivé", mais qu' "on est motivé parce qu'on réussit", Marc Campanas invite d'une certaine façon les enseignants à diversifier leur mode d'évaluation pour faire réussir les élèves. L'évaluation formatrice,
non chiffrée, se présente par exemple comme un repère pour l'élève. Elle prend souvent la forme d'une auto-évaluation. Le professeur doit donner la possibilité à l'élève de s'évaluer à chaque étape de sa séquence, en explicitant les objectifs de chaque document, en choisissant en titre de séquence le libellé de la tâche finale, en faisant réfléchir les élèves sur la cohérence de la séquence en cours. Car nous le savons bien, le principal problème en pédagogie, c'est le transfert des connaissances. Si l'élève comprend le déroulement du cours, alors il saura répondre aux attentes de l'enseignant.

    La pratique de la co-évaluation et de l'évaluation critériée s'inscrivent également dans cette pratique de l'auto-évaluation, puisque l'élève sait les critères sur lesquels son travail sera apprécié. Quant à l'évaluation formative, elle se situe à mi-chemin entre l'évaluation sommative et l'évaluation formatrice. L'évaluation formative est chiffrée et se situe au cours ou à la fin d'un document. Son intention est de contrôler l'acquisition des connaissances en cours, de renseigner l'élève sur les éventuels erreurs qu'il commet en vue d'une remédiation, sans le pénaliser. Cette évaluation permet également au professeur de réajuster son cours, de voir ce que les élèves ont compris et de remédier à certaines carences.

   Varier les activités langagières, les activités d'apprentissage et les évaluations sur un même document ou un même thème, c'est mettre l'élève en position de réussite, car un élève qui a envie d'apprendre, c'est un élève qui mémorisera avec plus de facilité.

OC


El Paraíso en la otra esquina : un homenaje lúdico a la novela total

Livres — Par olibre @ 08:35

 

    Cuando empecé a leer El Paraíso en la otra esquina del autor peruano Mario Vargas Llosa, me sorprendió la reunión en un mismo libro de la utopista y feminista Flora Tristán con el pintor primitivista Paul Gauguin. Ahora bien, conforme iba avanzando en mi lectura, el diálogo entre los dos personajes que me parecía a primera lectura inédito y discordante resultó finalmente posible gracias a un dato revelado por el narrador : Flora Tristan fue la abuela de Paul Gauguin.

    La búsqueda común de un paraíso reúne también a los dos protagonistas. Flora Tristán se tomaba muy a pecho su proyecto de sociedad ideal, que abogaba no sólo por la igualdad entre los hombres y las mujeres, sino también por la supresión de las clases sociales. La utopía de Flora Tristán se inscribía de hecho en la línea de aquellos reformadores franceses, como Saint-Simon o Fourier, quienes aspiraban a un cambio radical de la sociedad. La aparición de esas utopías correspondía con el auge de la revolución industrial y  los estragos de un capitalismo despiadado que explotaba a los obreros, sumiéndolos en la miseria. Para Gauguin, su búsqueda se insertaba más bien en la vuelta hacia los orígenes, al mito del paraíso perdido, pues Paul Gauguin decidió huir de Europa, de la civilización, para ir a vivir a Tahití, reanundando de alguna manera con la naturaleza, el cuerpo, los instintos y las emociones.

    A los dos les resultó dificil realizar sus sueños. Frente a la llegada de de la Civilización, el pintor salió de Tahiti para ir a otra isla. Uno de sus amigos le dijo por ejemplo al pintor francés, mientras éste decidía abandonar la isla : "otro sueño que se convertirá en pesadilla". En cuanto a Flora Tristán, quien había emprendido un viaje por Francia para entrar en contacto con los obreros e incitarlos a organizarse en comités, la Iglesia y la policía dificultaron el acceso a las ciudades que ella visitaba, o a los locales donde se reunían los obreros, impacientes de oírla.

    Además de la utopía, los dos compartían la condición de excluidos de la sociedad. Flora Tristán se consideraba como a una paria, por abandonar el domicilio conyugal y escapar de las autoridades. En cuanto a Gauguin, abandonó a su mujer y a sus hijas para seguir pintando. Ambos se dedicaban en cuerpo y alma a sus actividades.

    Con la reunión de esas dos figuras decimonónicas, Mario Vargas Llosa celebra el encuentro entre la utopía, la pintura y la escritura. Los retratos literarios que esboza  hunden sus raíces en la práctica pictórica del retrato. Con respecto a la relación entre la utopía y la escritura, el narrador evoca en la novela un juego practicado por los niños al que asistieron Tanto Flora como Paul. Ese juego infantil consiste en preguntar dónde está el paraíso y responder que el paraíso se sitúa en la otra esquina. Aparece de hecho ese juego como la metaforización de la escritura del autor peruano, que juega con sus personajes alternando sus vidas y utilizando a veces el tuteo y la tercera persona.

     Ya habíamos estudiado en un artículo sobre La fiesta del chivo la manera como Mario Vargas LLosa echaba mano del dialogismo para interrogar la Historia. En ese texto pasa lo mismo. Al recurrir al dialogismo, juego literario por antonomasia, el narrador interroga no sólo a sus personajes (se dirige directamente a ellos mediante el tuteo cuando procura explorar sus pensamientos), sino también al lector, invitándolo a participar con él en ese juego literario, que consiste en preguntarse dónde queda la frontera entre la ficción y la realidad. Esa escritura lúdica interroga los límites de la novela, incitando al lector a comprobar la veracidad de lo dicho, o a aceptar de antemano lo ficticio.

    Finalmente esa novela reanuda con el género de la novela total, ya que la escritura de Mario Vargas Llosa abarca diferentes espacios geográficos (Francia, Tahití, el Perú), diferentes visiones del mundo  y reúne dos destinos distintos. Al celebrar el carácter utópico de los dos protagonistas, Mario Vargas Llosa rinde de cierto modo homenaje a la novela total, género caracterizado por su afán totalizador.

                                                                                                              Olivier Cardineau

 


FREE, par Kylie MINOGUE

Musique — Par olibre @ 12:43

 

Si Kylie MINOGUE pouvait redevenir FREE...

 


Pascal Mercier, Train de nuit pour Lisbonne (2)

Citation du jour — Par olibre @ 13:32

"Nous commettons une faute, un acte absurde de violence, quand nous nous concentrons sur l'ici et maintenant, dans la conviction de saisir ainsi l'essentiel. L'important serait de se mouvoir, sûr et tranquille, avec l'humour approprié et la mélancolie adéquate, dans le paysage intérieur que nous sommes, déployé dans le temps et dans l'espace. Pourquoi plaignons-nous les gens qui ne peuvent voyager? Parce que, empêchés de se déployer extérieurement, ils ne peuvent pas non plus s'étendre intérieurement, ils ne peuvent pas se multiplier, et ils sont ainsi privés de la possibilité d'entreprendre de vastes excursions en eux-mêmes et de découvrir qui et ce qu'ils auraient pu devenir d'autre."

p293, collection 10/18 


Pascal Mercier, Train de nuit pour Lisbonne (1)

Citation du jour — Par olibre @ 09:03

"Au bout d'un moment, il comprit qu'il était en train de vivre une grande libération ; la libération d'une limite qu'il s'était imposée à lui-même, d'une lenteur et d'une pesanteur qui parlaient dans son nom comme elles avaient parlé dans les pas lents de son père, quand il marchait pensivement d'une salle à l'autre du musée ; la libération de son image, où même quand il ne lisait pas il était un homme myope penché sur des livres poussiéreux ; une image qu'il n'avait pas dessinée exprès, mais qui avait grandi lentement, imperceptiblement ; le portrait de Mundus, qui ne portait pas seulement sa propre signature, mais aussi celle de beaucoup d'autres qui avaient trouvé agréable et confortable de s'en tenir à cette figure silencieuse et muséale et de pouvoir se reposer auprès d'elle. Il sembla à Gregorius qu'il sortait de cette image comme d'une vieille peinture à l'huile accrochée au mur d'un musée, dans une aile latérale oubliée".

collection 10/18, p35-36


Ségolène Royal, la "femme nerveuse"?, par Stéphane Lavignotte

articles de presse — Par olibre @ 06:38

 

Je vous invite à lire l'excellent article de Stéphane Lavignotte sur Ségolène Royal sur son blog :
  

                         http://www.mediapart.fr/club/blog/stephane-lavignotte

 

Stéphane Lavignotte est pasteur et théologien. Derniers ouvrages parus : « Au-delà du lesbien et du mâle, la théologie queer de subversion des identités chez Elizabeth Stuart », préface d'Eric Fassin, Van Dieren 2008 et « Vivre Egaux et différents », L'atelier, 2008.

 

 


Sur l'éducation, par Françoise Dolto

Citation du jour — Par olibre @ 22:38
"Les maîtres veulent une copie conforme, un élève conforme à ce qu'ils pensent d'un élève de tel niveau. Ils ne pensent pas que leur rôle est de soutenir le désir de s'informer, désir du monde, désir qui existe chez tout être humain ; c'est la pulsion fondamentale, c'est la pulsion épistémophilique. Elle existe, vivace, chez tout enfant. On devrait la respecter, la soutenir, au lieu de la diriger immédiatement vers ce que veut le maître. C'est réduire l'information et l'instruction aux "programmes", au lieu de répondre à toute demande d'un enfant en suscitant son effort personnel dans la direction de sa recherche et de soutenir son énergie à le faire lui-même, après lui en avoir indiqué les moyens. C'est difficile, puisque c'est une maîtrise de sa propre faiblesse à laquelle il arrive, mais une maîtrise de sa faiblesse pour lui et non pas pour le plaisir du maître".
     Solitude, Françoise Dolto, Folio, p416

Ecrire, Marguerite DURAS (2)

Citation du jour — Par olibre @ 08:20

   "c'est curieux un écrivain. C'est une contradiction et aussi un non-sens. Ecrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. C'est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. Ca ne parle pas beaucoup parce que c'est impossible de parler à quelqu'un d'un livre qu'on a écrit et surtout d'un livre qu'on est en train d'écrire. (...) Parce qu'un livre c'est l'inconnu, c'est la nuit, c'est clos, c'est ça. C'est le livre qui avance dans les directions qu'on croyait avoir explorées, qui avance vers sa propre destinée et celle de son auteur, alors anéanti par sa publication : sa séparation d'avec lui, le livre rêvé, comme l'enfant dernier-né, toujours le plus aimé." p28

  "C'est l'inconnu qu'on porte en soi : écrire, c'est ce qui est atteint. C'est ça ou rien" p52

   "Si on savait quelque chose de ce qu'on va écrire, avant de le faire, avant d'écrire, on n'écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine.

    Ecrire c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait si on écrivait (on ne le sait qu'après) avant, c'est la question la plus dangereuse que l'on puisse se poser. mais c'est la plus courante aussi." p53

 


Ecrire, Marguerite DURAS

Citation du jour — Par olibre @ 23:14

  Je crois que la personne qui écrit est sans idée de livre, qu'elle a les mains vides, la tête vide, et qu'elle ne connaît de cette aventure du livre que l'écriture sèche et nue, sans avenir, sans écho, lointaine, avec ses règles d'or, élémentaires : l'orthographe, le sens.

Ecrire, Marguerite Duras, Folio, p20

 


Les opposants à la politique de Nicolas Sarkozy

idéologie — Par olibre @ 16:12

       Au lieu de se tirer dans les pattes, les responsables socialistes feraient mieux de critiquer avec plus de poigne la politique de Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal a évoqué la «drôle de coïncidence» entre la mise à sac de son appartement et le meeting qu’elle animait le lendemain à la maison de la chimie, alors qu’elle s’apprêtait à dénoncer « la mainmise du clan Sarkozy » sur la France. Je crois qu’elle n’exagère pas quand elle parle de «clan Sarkozy». Je dirais même qu’il s’agit d’une oligarchie médiatico-financière qui est en train de se mettre en place. Journaux, chaînes de télévision, maisons d'édition ; presque tous les médias sont dirigés par les amis du président ! Seules les enquêtes d’opinion et internet laissent transparaître le mécontentement des Français!

    Qu’attendent les Français des responsables politiques? Qu’ils soient présents pour exprimer leur mécontentement, pour critiquer les choix politiques du président et de son gouvernement. Quand ils dénoncent la mainmise du clan Sarkozy sur La France, Ségolène Royal et ses amis dépassent le clivage gauche/droite. Ils considèrent Nicolas Sarkozy comme un ennemi de la démocratie, tentant ainsi de rassembler les démocrates et les gaullistes attachés aux valeurs républicaines. Face à une oligarchie qui se durcit, elle fait le choix de COGNER. François Bayrou a aussi mis en évidence, de façon plus molle, les dessous-de-table avec l’affaire Tapie.

    C'est avec ardeur que Daniel Cohn Bendit , profondément européen, dénonce, lors d'une intervention au parlement européen, la vision passéiste, colonialiste de Nicolas Sarkozy sur l'immigration. Il critique également, dans son allocution, la passivité du président face aux problèmes environnementaux. Il dénonce enfin sa lâcheté, en acceptant l’invitation de la Chine aux Jeux Olympiques.  Je crois que Nicolas Sarkozy fait une grossière erreur. Car, en y allant, l'Union Européenne admet sa faiblesse économique face aux futurs maîtres du monde. Qui plus est, elle ne se place plus comme le chantre  des droits de l'homme et de la démocratie. 

     Même si c’est un rôle qu’il se prête, ça fait du bien de voir un responsable politique habité par sa fonction, la vivre avec passion. C’est finalement ce qui manque actuellement en politique. Le sacré, la ferveur, l’engagement sont laissés de côté au détriment du politiquement correct, du raisonnable, du fair-play.

                                                                                     Olivier Cardineau


Le socialisme et l'individu : une lecture du livre "Si la gauche veut des idées"

idéologie — Par olibre @ 09:12

                                                                                   Si être socialiste, c’est d’abord et avant tout vouloir la justice,

                                                                                   combattre les inégalités de toutes sortes, alors il n’y a peut-être

                                                                                   jamais eu autant de raisons d’être socialiste qu‘aujourd‘hui!

                                                                                                            Ségolène Royal, Si la gauche veut des idées, p306

      Je l’attendais avec impatience, ce livre. Un essai qui donne du poids à la parole de Ségolène Royal qui a été maintes fois tournée en dérision par ses camarades socialistes et ses adversaires politiques. J’ai toujours reproché à l’élue socialiste de ne pas avoir couché ses idées sur du papier. Cela aurait coupé l’herbe sous le pied à de nombreux détracteurs, qui la considéraient comme une écervelée. Dans ce livre, Alain Touraine et Ségolène Royal réfléchissent sur la mondialisation, l’enseignement, l’efficacité de la politique. Ce qui ressort de ce livre est la prise de conscience que le monde change, que la mondialisation a ébranlé tous les repères idéologiques, politiques, sociaux qui permettaient à l’homme de penser le monde, de se situer dans la société et d’améliorer son quotidien. D’après Alain Touraine, c’est désormais à l’individu qu’il faut s’adresser. Ségolène Royal rappelle qu’en France mai 68 a permis à chacun d’avoir la possibilité de s’épanouir, de s’inventer, ce qui est une responsabilité parfois difficile à porter : «Ce sont les personnes elles-mêmes qui doivent maintenant donner sens à leur propre vie. Ce n’est plus seulement la société, la classe sociale, la religion, les institutions ou la nation qui structurent la vie d’un individu » (p22). Afin de les y aider, les garanties collectives doivent permettre à chaque individu de s’épanouir et de trouver sa place dans le monde actuel. C’est à un nouveau socialisme que Ségolène appelle de ses vœux : un socialisme qui met l’homme au centre des préoccupations actuelles et qui le considère comme la clef de voûte du dynamisme économique, social et culturel du pays. De ce livre émergent trois questions qui font débat. J‘espère ne pas avoir galvaudé certaines idées.

 

L‘« Individuation » ou la socialisation? 

       Dans le livre paru aux éditions Grasset, Si la gauche veut des idées, Ségolène Royal et Alain Touraine insistent sur l’importance de l’individu dans la mondialisation. Selon le sociologue, il s’agit d’un nouvel individualisme qui dépasse les clivages politiques, les catégories socio-professionnelles, l’appartenance à la famille ou à une communauté. La mondialisation fait voler en éclats une certaine conception de la société qui considérait l’homme comme faisant partie d’un tout. Pour Alain Touraine, les individus ne se retrouvent plus dans un système globalisant, qui prétend résoudre les problèmes des citoyens. Les individus auraient selon lui perdu le goût des batailles collectives : « Le sens n‘est plus dans les choses; la réussite n‘est plus dans la conquête du monde. Le sens ne peut se trouver que dans la maîtrise de soi, la construction de soi, l’affirmation de soi comme être de droits.« (p40). Le combat se situe plutôt au niveau de la défense des minorités et des droits de l’homme. Pour le sociologue, il est temps que la société accepte de libérer l’individu et de le considérer comme « un être de droits» . Plutôt que de l’enfermer dans un système, « il faut (…) mettre les changements sociaux au service de la dignité et de la liberté des individus » (p11)       L’école doit suivre cette sensibilité en prenant en compte l‘individu dans sa politique éducative, afin de lui donner les outils pour qu’il devienne acteur de sa propre vie et lui donner des opportunités qui lui permettront d’effectuer des choix par rapport à son projet personnel. Car ce qui est formateur, c’est de remplacer l’autorité extérieure par une autorité intériorisée. Il s’oppose de fait à toute société qui encouragerait le communautarisme, le communisme : systèmes qui, selon lui, écrasent l’individu.

     Ségolène Royal constate l’individualisation de la société au niveau de la politique, lorsqu’elle remarque que le vote des électeurs ne correspond plus à la profession ou à la classe sociale :« les électeurs ont désormais acquis une autonomie et une liberté de pensée qui n’est que la conséquence du processus d’individualisation ». Pour elle, « les identités politiques ne sont plus figées. Elles se reconstruisent à chaque élection, en fonction des contextes sociaux et médiatiques, des enjeux, des candidats eux-mêmes »(p285). Elle approuve l’usage de la démocratie participative, car elle estime que dans la société actuelle les individus prennent plus facilement la parole et que le responsable politique se doit de les écouter s’il veut rester en phase avec la société qu’il représente, surtout s’il se présente comme le porte-parole des électeurs.

     La Présidente de Région refuse cependant l’opposition présentée par Alain Touraine entre l’individuation et la socialisation, quand ce dernier aborde la question de l’école. Pour elle, l’école doit continuer de remplir sa fonction de socialisation pour permettre à chaque individu de devenir citoyen. Elle ne parle pas d’«individuation » mais d’ «humain», quand elle affirme qu’il faut remettre l’homme au centre du système éducatif. Elle sait que la relation pédagogique est avant tout une relation humaine et qu’actuellement il est difficile pour un élève de prendre rendez-vous avec un enseignant hors de son cours. C’est pourquoi elle propose que les enseignants disposent de bureaux pour pouvoir recevoir le élèves et les accompagner dans leur apprentissage. Au niveau universitaire, elle estime que les enseignants doivent être récompensés pour les tâches pédagogiques qu’ils accomplissent et le suivi des étudiants. Remettre de l’humain dans le monde éducatif, c’est selon elle une façon de lutter contre les inégalités scolaires, sociales, et permettre à chaque individu de s’épanouir.

 

L’Etat ou la société?

    Pour Alain Touraine, les gouvernements successifs français ont principalement donné la priorité à l’Etat sur la société. Cependant, avec la globalisation de l’économie et l’arrivée des nouvelles technologies, le volontarisme économique n’est plus de mise, d’autant plus que « l’Europe a perdu sa position hégémonique » et que sa construction «est de moins en moins un projet politique et s’inscrit plutôt dans les transformations de l’économie mondiale »(p180). Pour que l’Etat retrouve sa capacité d’action, il faut que la France sorte de sa « gestion corporatiste » et d’«économie administrée ».

     Ségolène Royal approuve Alain Touraine en affirmant que «la France a toujours donné la priorité à l’Etat sur la société, à la loi sur la négociation »(p196). Afin de faire reculer «le centralisme, le bureaucratisme ou le dirigisme », elle propose une décentralisation qui donnera plus de poids aux collectivités territoriales, qui connaissent mieux le terrain. Cette décentralisation sera accompagnée d‘une démocratisation de la société (par une refonte des syndicats et une rénovation du dialogue sociale), et d’une démocratisation de la politique, en sollicitant les citoyens lors de débats nationaux ou de projets politiques. L’enjeu est donc de créer des garde- fou, car « Le pouvoir exécutif central, la centralisation, portent en eux-mêmes le risque d’autisme, d’inefficacité et de dérive vers le pouvoir solitaire du président de la république » (p205). Elle propose ainsi une VI république qui permettrait de donner une nouvelle impulsion à la société française en partant sur de nouvelles bases : une sorte de nouveau contrat social..

 

La politique a-t-elle encore un sens?

     Pour Alain Touraine, la révolution technologique, la nécessité de l’écologie et l’humanitarisme sont des réalités qui ont ébranlé les pouvoirs politiques, lesquels enfermés dans leur idéologie, nous invitent à ne plus voir la société à travers le règne de l‘économie. Pour le sociologue, l‘individu n’est plus défini dans son « appartenance à une classe, une nation, une famille ou à un autre type de communauté ». Il ne peut aspirer qu’à la revendication de soi, à être reconnu comme un être de droits. Le responsable politique devrait à ses yeux considérer la société dans laquelle il vit dans sa diversité culturelle et humaine : « Mais ce qui nous importe ici est que le centre de la vie sociale, aussi bien des espoirs que des conflits, se déplace de l‘ordre de l‘économie, et avant lui de l‘ordre du politique vers l‘ordre de l‘individu et de la conscience de soi. Ce n’est plus dans le champ économique que se situent les grands conflits et les choix principaux. » (p39)

     Alain Touraine fait également le constat que la mondialisation a affaibli tous nos systèmes de régulation sociale qui permettaient de maîtriser nos activités économiques. Il remarque également l’épuisement des partis politiques, qui ne prennent plus en compte la diversité de la population française et ses particularités. En ce qui concerne le Parti Socialiste, Alain Touraine pense que le rôle de Ségolène Royal est de rompre avec une « idéologie pseudo-révolutionnaire qui ne correspond à aucune analyse et ne correspond à aucun objectif concret »  (p267). Il l’invite à créer «un mouvement appuyé sur de nouvelles catégories sociales et surtout sur une analyse profondément renouvelée de la situation de la France et du monde ». (p266)

     Avant de réformer la France, il faut réformer le Parti Socialiste, qui contemple le monde à travers un système idéologique qui ne correspond plus avec la réalité des Français. Pour que ce dernier soit en phase avec les Français, Ségolène Royal propose d’«ouvrir le PS à de nouveaux militants et de nouvelles formes de militantisme », de soigner l’articulation entre le local et le national, pour ne plus proclamer des principes sans se soucier de leur application. Elle demande au Parti d’«affronter la réalité avec lucidité et radicalité », sans reléguer les problèmes de société à des thèmes de gauche ou de droite. La responsable politique réaffirme sa volonté farouche de lutter contre toute forme d’assistanat et prône un nouvel individualisme, qui permettrait à l’individu de s’épanouir. Car ce sont les garanties collectives qui permettront à chacun de réussir et de s’épanouir. C’est la raison pour laquelle elle croit à l’importance des services publics.

      Pour Ségolène Royal, c’est en misant sur le capital humain dans l’éducation, la formation, la recherche, et la culture, et en améliorant les conditions de travail des salariés que l’on créera de la valeur ajoutée, « parce que seule la capacité d’invention, d’imagination, d’innovation nous donnera un temps d’avance et nous permettra de créer les emplois de demain. » p112 Elle revendique la valeur travail comme une valeur de gauche , car «c’est d’abord la possibilité de s’y épanouir. Et donc le rendre plus humain dans tous les sens du terme: salaires, conditions de travail, perspectives de conciliation de la vie familiale et professionnelle » p47 Elle propose également la mise en place d’une sécurité sociale professionnelle qui permettra aux salariés de se sentir plus forts devant les grandes mutations.

     Elle appelle de ses vœux, non pas un Etat Providence, mais un Etat préventif qui intervient et investit prioritairement avant plutôt qu’après. Par exemple, pour échapper aux délocalisations et aux plans de licenciement, elle veut mettre en place «une stratégie de compétitivité par le haut » en mettant l’accent sur la formation des salariés, sur les investissements en recherche et en innovation des entreprises. Pour ce faire il faut selon elle repenser le dialogue social en optant pour un syndicalisme de masse (« Je suis absolument convaincue qu’il n’y aura pas de profondes réformes économiques durables sans une nouvelle frontière sociale. » p54), reconstruire le système d’enseignement supérieur en donnant aux Universités une meilleure gouvernance, un niveau élevé de financement et en contrepartie elles s’engageront à un suivi individualisé des élèves d’accompagnement vers l’emploi, développer le schéma travail-études pour rapprocher le travail en entreprise des études

     Sur le plan écologique, elle propose de créer un fonds « après-pétrole » financé par les profits de Total et par une partie des excédents d’EDF et d’Areva pour financer massivement les énergies renouvelables.(p49). Mais les enjeux environnementaux dépassent bien les frontières de la France. Ils sont d’ailleurs liés aux problèmes sociaux et à l’économie. Pour ce faire, elle propose de veiller à introduire dans les règles de l’OMC le respect de normes sociales et environnementales, de réformer le FMI et la Banque Mondiale, de mettre en place une taxe sur les flux financiers, de créer une Organisation mondiale de l’environnement ainsi qu’une Politique agricole commune mondiale pour organiser les marchés de manière plus juste et donner une vraie chance à l’agriculture des pays en développement.

                                                                         Olivier Cardineau

 

 

 

 


Ecrivain, Ecriveur

Citation du jour — Par olibre @ 15:44

"Pendant six ans, jusqu'en 1946, je tenais un "journal". J'écrivais pour conjurer l'angoisse. N'importe quoi. J'étais un écriveur. L'écriveur deviendra écrivain quand son besoin d'écrire sera soutenu par un sujet qui permet et exige que ce besoin s'organise en projet. Nous sommes des millions à passer notre vie à écrire sans jamais rien achever ni publier."

                                                       André GORZ, Lettre à D (Histoire d'un amour), p 32-33 Galilée, 2006 

 


la escritura de Pío BAROJA : una pintura social siempre de actualidad.

Citation du jour — Par olibre @ 21:30

    "Era, en general, toda la gente que allí habitaba gente descentrada, que vivía en el continuo aplanamiento producido por la eterna e irremediable miseria; muchos cambiaban de oficio, como un reptil de piel; otros no lo tenían; algunos peones de carpintero, de albañil, a consecuencia de su falta de iniciativa, de comprensión y de habilidad, no podían pasar de peones. Había también gitanos, esquiladores de mulas y perros, y no faltaban cargadores, barberos ambulantes y saltimbanquis. Casi todos ellos, si se terciaba, robaban lo que podían; todos presentaban el mismo aspecto de miseria y de consunción. Todos sentían una rabia constante, que se manifestaba en imprecaciones furiosas y en blasfemias.

   Vivían como hundidos en las sombras de un sueño profundo, sin formarse idea clara de su vida, sin aspiraciones, ni planes, ni proyectos, ni nada."

                                                        Pío BAROJA, La busca, Alianza Editorial, p89-90.


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