oliviercardineau

Le sentiment patriotique aide-t-il à construire l'Europe?

idéologie — Par olibre @ 22:41
Chronique
Quand Jean-Pierre Jouyet corrige Nicolas Sarkozy, par Thomas Ferenczi
LE MONDE | 27.03.08 | 14h37  •  Mis à jour le 27.03.08 | 14h37

e secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, s'emploie, avec une constance digne d'éloges, à "européaniser" la parole officielle de la France. Nicolas Sarkozy est en effet plus enclin à célébrer la nation que l'Europe. M. Jouyet est là pour veiller au grain et rééquilibrer le verbe présidentiel, en y ajoutant, aussi diplomatiquement que possible, une dimension européenne. Quand le chef de l'Etat exalte le retour de la France en Europe, M. Jouyet complète la formule en annonçant aussi le retour de l'Europe en France. Au premier le plaisir de faire vibrer le patriotisme de ses compatriotes, au second la tâche de ménager les susceptibilités de leurs voisins.

 

Ce mécanisme de compensation a permis l'adoption par le Conseil européen du projet français d'Union pour la Méditerranée, dont M. Sarkozy voulait exclure, dans un premier temps, les Etats européens non riverains. Sous la pression d'Angela Merkel, et conformément à la thèse défendue par M. Jouyet, le président de la République a fini par accepter que tous les pays de l'Union y soient associés. C'était la condition pour que chacun s'y rallie. Chaque fois que M. Sarkozy donne l'impression de faire cavalier seul, au risque d'irriter ses partenaires européens, le secrétaire d'Etat ne ménage pas ses efforts pour prouver que la France sait "jouer collectif", comme il l'a affirmé en début d'année à Bruxelles.

Il lui appartient de rappeler que la mémoire de la patrie est indissociable de celle de l'Europe. Quand M. Sarkozy rend hommage, dans un beau discours, au dernier "poilu" de la guerre de 1914-1918, Lazare Ponticelli, mort le 12 mars à l'âge de 110 ans, il note, au détour d'une phrase, que l'Europe s'est enfin décidée à "faire la paix avec elle-même", mais ne dit mot du projet européen en tant que tel ni de la réconciliation avec l'Allemagne. M. Jouyet va réparer en partie l'oubli. Habilement, sur son blog (www.jpjouyet.eu), il rapproche cet événement de la mort de Gilles Polin, sergent français de l'Eufor, la force européenne envoyée au Tchad pour protéger les populations chassées par la guerre du Darfour.

"1914-2008, écrit-il. L'un incarnait le drame d'une Europe qui se déchire, l'autre témoignait de la volonté d'une Europe pacifiée et unie de se projeter dans le monde pour défendre des valeurs universelles." Les deux morts se répondent. "Deux destins, mais une même émotion, ajoute M. Jouyet. Lazare Ponticelli portait la mémoire de tous ses camarades morts pour la France, Gilles Polin porte désormais celle de ceux morts pour la France au service de l'Europe." De la France à l'Europe, la continuité est nettement affirmée.

Le lendemain de l'hommage aux combattants de la première guerre, M. Sarkozy honore sur le plateau des Glières les résistants de la seconde, "qui ont défendu les armes à la main l'indépendance de la France et la liberté de la France". Dans son discours, qui ne mentionne ni l'Europe ni l'Allemagne, il choisit de mettre l'accent sur "l'identité nationale". Certes, selon l'agence Reuters, il précise qu'il s'est engagé dans la construction de l'Europe "pour que justement on ne connaisse plus ça", c'est-à-dire la guerre. Mais cette allusion ne figure pas dans son allocution officielle.

On n'accusera pas M. Sarkozy d'être indifférent à l'Europe. On ne lui reprochera pas non plus de commémorer les grandes dates de l'histoire de France. Il a raison de dire que le patriotisme, qui est "l'amour de son pays", n'a rien à voir avec le nationalisme, qui est "la détestation des autres". Il est dans son rôle lorsqu'il soutient qu'"on ne construit pas son avenir en oubliant son passé". Mais pourquoi ne met-il pas à profit les cérémonies du souvenir pour défendre aussi, auprès des Français, l'idée européenne ?

 


Courriel : ferenczi@lemonde.fr

 

 

 


Marianne FAITHFULL, Before the poison

Musique — Par olibre @ 20:44

Je vous recommande cet album. C'est un délice...

 

"La plus grande groupie du monde (...) nous offre l'album que l'on n'attendait plus vraiment de sa part, passionné et touchant, sincère et aventureux. Certes, elle pourra remercier ses 'nouveaux amis' qui lui ont taillé ici du sur-mesure ; il n'en demeure pas moins que Before The Poison envenime son auditeur d'une grâce ténébreuse, d'une tendre et douloureuse pudeur"

http://www.xsilence.net/disque-1457.htm

 


Henry Bauchau, Le boulevard périphérique

Citation du jour — Par olibre @ 20:26

"Je suis le père sans argent. Pourquoi pas? Mais dans sa structure intime le père est celui qui peut aider. Qui peut aider avec de l'argent. A ce moment de désolation, je sens une main qui cherche la mienne, une main qui me semble glacée et veut se réchauffer dans les miennes. Je prends la main de Paule dans mes mains, il n'y a pas de paroles. Paule, la tête tournée de l'autre côté, participe à une conversation entre femmes que je ne cherche pas à entendre. Il y a cette main abandonnée dans les deux miennes, qui m'évoque toutes les petites mains d'enfants, confiantes, heureuses, que j'ai tenues et qui ont si souvent éclairé, adouci l'âpreté de ma façon de vivre. Il y a que je suis l'homme sans argent, fragilisé par l'âge mais dont les mains réchauffent encore. Encore un peu. Il y a que, dans notre commun chagrin, dans la commune humiliation de nos deux faiblesses, elle a pris ma main. Dans nos trois mains s'égrènent par mouvements imperceptibles le chapelet d'aphtes, le chapelet des portes du boulevard périphérique. A ce moment je ne me souviens plus d'aucune prière et Paule n'en a sans doute jamais connu. Ensuite il n'y a rien. C'est comme si une grande machine aspirante avait avalé le reste de cette journée. Argile, sans doute, a senti quil était temps de partir et je l'ai suivie."

 


Henri Bauchau, Le boulevard périphérique

Citation du jour — Par olibre @ 18:01

 

"Ce n'est pas moi qu'il admire, mais cette forme déliée, un peu grêle, un peu aiguë de l'homme qui est en moi. L'homme qui jette ses actes et sa semence, qui ne porte pas d'enfant, qui ne porte pas la durée. L'homme éphémère, joueur, qui s'amuse avec le rocher. Jamais je n'ai compris comme en cet instant combien l'homme, le mâle, est gratuit en somme, fait pour le jeu, la guerre". p22


Metin Arditi, La Pension Marguerite : une écriture qui résonne

Livres — Par olibre @ 15:24

 

      D'abord la citation de Sophocle. Elle figure dès les premières pages du livre et nous invite à comparer le parcours d'OEdipe, qui accomplit son destin en ayant une relation sexuelle avec sa mère, à celui inversé d'Aldo qui, à la lecture des notes intimes de sa mère, se rappelle qu'il a lui aussi eu une relation sexuelle avec la sienne. Autre parallèle. A l'instar de Jocaste, la mère d'Aldo, ne pouvant supporter l'acte qu'elle a commis, se suicide.

     Ensuite, le psychanalyste de la mère d'Aldo, qui reçoit les notes intimes peu après le suicide de celle-ci. Ce dernier remet finalement le document à Aldo, car, d'après lui,  ces notes ont été écrites plus pour son fils que pour lui. Le psychanalyste espère de cette façon qu'Aldo pardonnera à sa mère, qu'il comprendra que l'amour donné est souvent imparfait : "J'espère que cette lecture vous aidera, dans l'impossible démarche qui consiste à ne pas juger ceux qui nous ont aimés comme ils ont pu". p19

     Dans ses écrits, la mère dit avoir découvert que son père à elle était loin d'être un héros de guerre, mais un bourgeois marié et infidèle. Elle confie également sa frustration d'avoir été dépossédée de son rôle de mère, ravi par Marguerite. Son père n'était donc pas un vrai père pour elle. Et elle n'était pas non plus une vraie mère pour son fils, Aldo. Et le père d'Aldo? Une marionnette! C'est en faisant le ventriloque que la mère convoquait son mari et réunissait ainsi sa petite famille. Elle jouait le rôle du père pour attirer l'attention d'Aldo et l'enlever des bras de Marguerite. Elle compare cette convocation à une vraie jouissance. Comme le signalait son psychanalyste à sa patiente, "la ventriloquie vous faisait vous retrouver en vos deux Aldo, en ces instants vous ne faisiez qu'un avec eux" p119 Le psychanalyste la rassure malgré tout en lui affirmant qu'elle a donné beaucoup à son fils en lui donnant un père.

    Et la musique dans tout cela? Comme les cordes, comme les différents fils qui tiennent la marionnette, la musique rattachait Aldo à son passé, tout en lui faisant oublier ce qu'il avait vécu. Le violon se présente comme la métaphore d'Aldo (Aldo/Alto) par l'intermédiaire de la brèche dans le bois du violon, qu'il croit plus ouverte. Ce sont les "notes" de sa mère qui ravivent la brèche qu'il tentait de refermer. A cause de cette brèche, il a l'impression d'entendre  "un gémissement à travers une paroi"p34

    Quant à l'écriture, elle oeuvre comme une caisse de résonance. Les mots comme "notes" ou "Aldo" résonnent et renforcent le lien entre le passé et le présent. "Les cordes" du violon et les "cordes vocales" tranchées par la mère lors de son suicide montrent également que le passé et le présent vont de concert. Le fil symbolise aussi le lien entre le passé et le présent. La marionnette tenue par la mère devait représenter le père. Avec le recul, elle représente également Aldo adulte tenu par les fils du secret, de l'interdit. Comme par hasard, au pluriel fil devient "fils". C'est donc une écriture qui fait vibrer toutes ces cordes, tous ces fils, pour montrer que le passé résonne avec le présent. 

 

 


Gilles de ROBIEN veut faire PEUR aux Amiénois

idéologie — Par olibre @ 20:21

                   

 

      Voilà à quoi se résume le dernier argument de campagne de Gilles de ROBIEN, qui est en ballotage défavorable face au candidat de la gauche, Gilles Demailly : LA CHASSE A LA SORCIERE. Avec son slogan, "C'est important pour Amiens : voter Gilles de Robien", le maire sortant insiste sur un danger imminent qui menace la mairie d'Amiens : la gauche. Effectivement, il ravive les peurs anciennes en rappelant le pasé communiste de la ville. Je me demande cependant si le rôle d'un homme politique est bien de faire pression sur les gens en jouant sur la peur, réaction irrationnelle par excellence.  Un homme politique doit au contraire convaincre ses électeurs sur un projet cohérent, fédérateur, qui vise à l'efficacité, et qui réponde à des préoccupations actuelles et futures. Force est de constater que Monsieur De Robien est à bout d'arguments ; il panique, perd pied, sent qu'il n'est plus en phase avec les habitants de sa ville. Il est de fait déconnecté des réalités. Il ne s'est pas rendu compte que le mécontentement grondait depuis plusieurs mois sur la ville. Les Amiénois et l'opposition ne sont pas écoutés, les projets architecturaux sont onéreux, la spéculation immobilière bat son plein. le lien social et culturel se délite.
      Je crois que le projet de Gilles Demailly  répond à ce problème, car il prévoit la mise en place  d'assemblées citoyennes, qui permettront d'abord aux citoyens de contrôler, d'évaluer l'action politique de leurs élus, ensuite aux élus de prendre le pouls de la population et de rester en phase avec la réalité.  De plus, il est spécifié, dans le programme de la gauche, que la place de  l'opposition sera redonnée. Enfin, Gilles DEMAILLY s'oppose au cumul des mandats. Il ne risquera pas de déserter sa future mairie pendant plusieurs années, comme a pu le faire son prédécesseur...

APEROLIVRES

Apérolivres — Par olibre @ 17:23
           Le mardi 11 mars, à 19 heures

        Quel est votre héros de roman préféré?

Animateur : Olivier Cardineau

Lieu:

Bulles Café

11, rue du Chapeau de violettes (à deux pas des Halles)

80 000 Amiens

http://www.bullescafe.fr/

http://laperolivres.kouaa-blog.com/

Questionnaire:

La nature du héros:

Est-ce un personnage humain ou animal?

S'il est humain, ressemble-t-il aux autres personnages?

Les personnages secondaires peuvent-ils être des héros?

Pourquoi y-a-t-il identification avec le lecteur?

Est-ce un héros purement fictionnel ou est-il emprunté à la réalité?

La place du héros dans le roman:

Un héros est-il toujours un protagoniste?

Votre héros ne serait-il pas un anti-héros?

Peut-il y avoir plusieurs héros dans un roman?

Votre héros préféré l'a-t-il été depuis le début ou le devient-il?

La qualité du héros:

Est-ce un personnage vertueux ou médiocre?

Un personnage médiocre peut-il être un héros de roman ?

Existe-t-il des "héros odieux"?

Quelles sont, selon vous, les raisons qui expliquent l'attrait qu'exercent ces personnages odieux ?

L'identification avec le héros:

Que faites-vous avec votre héros? Vous l'aimez? Vous l'admirez? Vous l'imitez?

Est-ce un besoin chez l'homme d'admirer un héros?

3)la place du héros préféré dans votre vie:

Ce héros vous suit-il dans votre vie?

Vous aide-t-il à prendre des décisions?

Peut-on avoir plusieurs héros préférés?


La Reine du monde, Jacques Julliard (résumé)

Livres — Par olibre @ 20:40
La Reine du monde : Essai sur la démocratie d'opinion

"Voter pour un parti est un arbitrage difficile.

Je suis censé approuver pendant cinq ans

tout ce qu'il a proposé. Quel abus de pouvoir!"

p101

      Dans l'essai intitulé La Reine du monde, Jacques Julliard traite de l'émergence de l'opinion dans le débat démocratique. Il part de situations concrètes, comme le référendum de 2005 ou l'élection de Ségolène Royal lors des primaires socialistes. Cette nouvelle opposition composée d'hommes et de femmes constitue aujourd'hui la classe militante, "cette catégorie de citoyens qui ne se reconnaît ni dans l'élite ni dans la masse résignée", et qui aspire à la reconnaissance, au débat. Pour l'auteur, la révolution de l'information et de la communication a joué un rôle fondamental dans l'émergence de l'opinion durant le référendum de 2005. La prolifération des blogs et des forums participatifs ont permis à de nombreux citoyens de devenir écrivains, de donner leur opinion. Alors que les élites et les éditorialistes prônaient le "oui", la classe militante s'insurgeait contre ces "émetteurs d'opinion" qui à leurs yeux manquaient de représentativité.

       Puis, il y a eu celle que les élites n'attendaient pas, et qui a été plébiscitée d'abord par des milliers de personnes, puis par des millions de Français. Jacques Julliard reconnaît que si ségolène Royal est parvenue à réunir près de 17 millions d'élécteurs, "c'est que le mouvement d'opinion qui l'a portée devait être fort et très nouveau" p22. En fait, ajoute-t-il plus loin, "le peuple la reconnaissait comme porte-parole du non-dit politique, la restauratrice des pouvoirs qu'on lui avait confisqués" p25

     Il accuse de fait la démocratie représentative de ne plus tenir compte de l'Opinion. Même si elle est nécessaire pour l'ordre public, elle reste faussement démocratique, car elle cache de fait un système parfaitement oligarchique. Il prend l'exemple de la désignation d'un candidat au sein d'un parti politique. On pourrait croire que c'est la base qui désigne des élus, qui s'entendent ensuite sur les dirigeants. Or "ce sont les dirigeants appuyés sur leurs militants répartis en courants disciplinés qui désignent les candidats" p24.

      Le système représentatif est dépassé, car "l'idée qu'en élisant un homme ou une majorité parlementaire le corps électoral est censé avoir ratifié en bloc l'ensemble des orientations des candidats, cette idée-là est une pure fiction" p33. Depuis l'existence des enquêtes d'opinion, les manifestations, internet et les médias, "le monopole du suffrage comme expression de la volonté générale n'est plus défendable" p34.

      Pour l'auteur, l'intégration de la pluralité d'expression des opinions dans les institutions par la pratique raisonnée du référendum résoudrait la crise de représentativité dans nos démocraties modernes. Car "si l'on veut réconcilier les textes et le peuple, il faudra bien se décider à lui faire une place. Ce serait aussi l'occasion de dire un peu plus précisément ce que l'on attend par opinion (...) En vérité, il n'y a pas une opinion unique. Il n'y a pas d'opinion publique. Il y a sur un sujet donné des opinions du public" p101-102 L'auteur propose également la mise en place d'assemblées primaires de citoyens permettant aux citoyens de se faire une opinion et aux élus d'en tenir compte. Enfin, il est favorable à la participation de l'opinion pour la désignation des candidats aux élections.

     Jacques Julliard conclut en arrivant au même constat que Ségolène Royal : il faut gouverner en s'appuyant sur la démocratie sociale (repenser le dialogue avec les syndicats), la démocratie parlementaire et la démocratie d'opinion afin d' "associer les citoyens à l'élaboration des lois les plus fondamentales". L'auteur avoue que l'élection de Ségolène Royal aura eu un avant et un après. car, à présent, "le corps des citoyens ne se laissera plus imposer ses candidats.

 


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