Le sentiment patriotique aide-t-il à construire l'Europe?
Il lui appartient de rappeler que la mémoire de la patrie est indissociable de celle de l'Europe. Quand M. Sarkozy rend hommage, dans un beau discours, au dernier "poilu" de la guerre de 1914-1918, Lazare Ponticelli, mort le 12 mars à l'âge de 110 ans, il note, au détour d'une phrase, que l'Europe s'est enfin décidée à "faire la paix avec elle-même", mais ne dit mot du projet européen en tant que tel ni de la réconciliation avec l'Allemagne. M. Jouyet va réparer en partie l'oubli. Habilement, sur son blog (www.jpjouyet.eu), il rapproche cet événement de la mort de Gilles Polin, sergent français de l'Eufor, la force européenne envoyée au Tchad pour protéger les populations chassées par la guerre du Darfour.
"1914-2008, écrit-il. L'un incarnait le drame d'une Europe qui se déchire, l'autre témoignait de la volonté d'une Europe pacifiée et unie de se projeter dans le monde pour défendre des valeurs universelles." Les deux morts se répondent. "Deux destins, mais une même émotion, ajoute M. Jouyet. Lazare Ponticelli portait la mémoire de tous ses camarades morts pour la France, Gilles Polin porte désormais celle de ceux morts pour la France au service de l'Europe." De la France à l'Europe, la continuité est nettement affirmée.
Le lendemain de l'hommage aux combattants de la première guerre, M. Sarkozy honore sur le plateau des Glières les résistants de la seconde, "qui ont défendu les armes à la main l'indépendance de la France et la liberté de la France". Dans son discours, qui ne mentionne ni l'Europe ni l'Allemagne, il choisit de mettre l'accent sur "l'identité nationale". Certes, selon l'agence Reuters, il précise qu'il s'est engagé dans la construction de l'Europe "pour que justement on ne connaisse plus ça", c'est-à-dire la guerre. Mais cette allusion ne figure pas dans son allocution officielle.
On n'accusera pas M. Sarkozy d'être indifférent à l'Europe. On ne lui reprochera pas non plus de commémorer les grandes dates de l'histoire de France. Il a raison de dire que le patriotisme, qui est "l'amour de son pays", n'a rien à voir avec le nationalisme, qui est "la détestation des autres". Il est dans son rôle lorsqu'il soutient qu'"on ne construit pas son avenir en oubliant son passé". Mais pourquoi ne met-il pas à profit les cérémonies du souvenir pour défendre aussi, auprès des Français, l'idée européenne ?
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