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"Mettre les gens avant l'idéologie"?

articles de presse — Par olibre @ 19:58

A Boston, Ségolène Royal imagine son PS idéal

LE MONDE | 05.02.08 |

Boston (Etats-Unis), Sylvain Cypel, envoyé spécial

     "Travailler sur nous-mêmes", "ne pas se replier dans le confort idéologique", "trouver des solutions neuves aux problèmes de notre temps" : à Boston, lundi soir 4 février, à l'invitation du Centre d'études européennes de l'Université Harvard, Ségolène Royal planchait devant une cinquantaine d'étudiants et quelques enseignants sur le thème "Refonder la gauche européenne". Ou, traduit par une auditrice démocrate fascinée par Barack Obama : "Comment redonner vie à un parti à un parti rigide et vieux jeu"

      Mme Royal a dépeint un PS vieux jeu, qu'elle veut changer pour préserver l'essentiel : "Ce pour quoi nous avons toujours lutté, la valeur égale de chaque individu." C'est, a-t-elle clamé, ce qu'ont fait les sociaux-démocrates suédois ou danois, le Labour britannique ou encore les gauches italienne et espagnole – bref, ceux qui l'ont récemment emporté. Dans la société "bien organisée" à laquelle aspire la dirigeante socialiste, "les droits de chacun sont contrebalancés par les responsabilités de tous".

      Devant son auditoire américain, elle a fait sienne la "valorisation du capital humain" prônée par Robert Reich, l'ancien ministre du travail de Bill Clinton. "La question est moins : comment résister aux changements? que : comment diriger le changement pour le meilleur?" Autrement dit : comment "mettre les gens avant l'idéologie?" Mme Royal propose de suivre le célèbre précepte de Thomas Jefferson, selon lequel une société se bâtit "du bas vers le haut".

     Pour redevenir attractif, le PS doit "se démocratiser, consulter régulièrement les adhérents, mais aussi les sympathisants", dit-elle. Il doit "cesser de faire de la politique à partir des livres" et n'avoir peur de s'approprier aucun sujet, a-t-elle martelé. Sécurité, efficacité économique, immigration, "identité nationale, patriotisme et même la religion sont au plus haut de nos préoccupations". Objectif : ne pas laisser le terrain à la droite. Pour renouveler les idées socialistes, Mme Royal attend beaucoup des think tanks, ces groupes intellectuels de réflexion qui, "aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ont réalisé un travail formidable en aidant les partis de gauche à redessiner leurs politiques".

     Sur le plan organisationnel, l'exemple italien, où plus d'un million de personnes ont participé à un vote sur les orientations du nouveau Parti démocrate, lui apparaît la voie à suivre. Elle rêve de "plusieurs millions de personnes qui tranchent les débats", car "plus la base d'un parti est étroite, plus il a de mal à remettre ses dogmes en cause".

     Mieux, "un leader est plus légitimé à 5 millions de votants qu'avec 150 000" – le nombre des adhérents au Parti socialiste. Une fois sa mue réalisé, le PS sera alors en mesure de diriger une "large coalition" allant du centre gauche via le Modem aux altermondialistes, à l'instar des alliances qui se mettent en place pour les élections municipales.

     Interrogée sur les problèmes ethniques et d'immigration, MmeRoyal a insisté sur le "refus du communautarisme". La grande majorité de l'auditoire, pour qui le terme de communauté est fondateur des identités "conjuguées" (africain-américain, italo-américain, hispano-américain, etc.), n'a pas saisi de quoi Mme Royal parlait.


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