oliviercardineau

Pour une idéologie du terrain

idéologie — Par olibre @ 22:17

     Le concept de démocratie participative a été décrié durant la dernière campagne présidentielle. Certains ont pensé que cela permettait à la candidate socialiste d'avoir des idées, puisqu'il est bien connu qu'une énarque n'en possède pas! D'autres ont affirmé que ce n'était pas la rue qui gouvernait, qu'il y avait des politiques pour cela! Enfin, quelques uns ont ajouté que cela ne servait à rien, car les gens qui participaient à ces réunions avaient un lien étroit avec la politique. Ces réunions n'étaient donc pas représentatives de l'ensemble des Français.

     Lorsque Ségolène Royal a énuméré ses cent propositions lors du discours de Villepinte, je me suis demandé quelles étaient les mesures qui émanaient de ces réunions participatives. Après tout, ne serait-ce plutôt pas une illusion de démocratie, un stratagème pour faire du neuf sur de l'ancien et contourner un Parti Socialiste si peu populaire? La candidate a avoué peu après que, même si des "idées neuves" avaient émergé de ces Cahiers d'espérance (comme les tarifications bancaires, ou le soutien scolaire), ces cahiers dénonçaient ce qui ne marchait pas dans la société actuelle. Le Cahier d'espérance se transformait brutalement en cahier des pleurs. C'est, d'après elle, à ce moment-là qu'elle s'est rendu compte que le SMIC à 1500 euros ne passait pas dans l'opinion, car les gens se sont longtemps demandé s'il s'agissait d'un SMIC à 1500 euros brut ou net. S'il était brut, cela ne servait alors à rien. S'il était net, cela aurait créé un écrasement dans la grille des salaires.

     Tout ceci pour dire que la démocratie participative permet de prendre le pouls de la société. Je crois que c'est une occasion pour la démocratie de "respirer", car les gens peuvent se défouler et s'exprimer. Je crois également que cela permet aux politiques de rester en phase avec la société, composée d'électeurs et d'électrices. Ces chers élus souvent éclairés ont tendance à oublier qu'un mandat se mérite. Je crois enfin que le fait d'associer les gens à la vie politique et aux décisions, même si c'est souvent illusoire, favorise l'adhésion populaire face aux réformes et renforce la crédibilité du discours politique.

       Lionel Jospin et d'autres socialistes pensent que le fait d'être élu leur permet de prendre des décisions sans consulter le peuple. Après tout, ils ont été élus sur un programme et sortent de l'ENA. Ils sont donc plus intelligents et savent ce qui est bon pour le peuple. Je crois que cette vision de la politique ne fonctionne plus avec la société actuelle. En effet, une profonde crise politique et idéologique ravage la France depuis des dizaines d'années. Les gens ne se reconnaissent plus dans la gauche. Les derniers rendez-vous électoraux en témoignent. Pourquoi? J'ai souvent cru que la gauche n'était pas assez idéologique. En fait, c'est tout le contraire. La gauche continue de s'enfermer dans son idéologie. Les 35 heures ont été un excellent exemple idéologique, pas du tout populaire. Ce que les gens voulaient à l'époque, c'était plus de pouvoir d'achat. Or comment travailler moins sans dépenser plus? Tous les économistes rappelleront que, dans notre société actuelle, quand on ne travaille pas, on dépense.

      Les 35 heures ont-ils été expérimentés au niveau local? Car, ce qui manque à la gauche, c'est la "concrétude"! Le Parti socialiste est un parti d'élus et d'intellectuels parisiens. Il ne représente ni La France, ni les Français. Faire de la micro-politique n'est pas envisageable pour ces gens-là. Je crois néanmoins que tout parti politique a intérêt à soigner l'articulation entre les innovations locales et la politique nationale. Car ce qui marche sur le terrain doit être théorisé et appliqué au nivau national. C'est à une idéologie du terrain que la gauche doit s'appliquer à mettre en oeuvre. En consultant ses adhérents, les électeurs, en les associant aux décisions politiques. En leur montrant également qu'il est toujours possible de prôner l'humain sur l'économie. Car l'une des différences majeures entre la gauche et la droite, c'est que l'économie est au service de l'homme, non l'inverse. Etre de gauche, c'est désirer que la politique crée les conditions socio-économiques pour que les gens puissent changer le cours de leur vie.

 

 


"Mettre les gens avant l'idéologie"?

idéologie — Par olibre @ 19:58

A Boston, Ségolène Royal imagine son PS idéal

LE MONDE | 05.02.08 |

Boston (Etats-Unis), Sylvain Cypel, envoyé spécial

     "Travailler sur nous-mêmes", "ne pas se replier dans le confort idéologique", "trouver des solutions neuves aux problèmes de notre temps" : à Boston, lundi soir 4 février, à l'invitation du Centre d'études européennes de l'Université Harvard, Ségolène Royal planchait devant une cinquantaine d'étudiants et quelques enseignants sur le thème "Refonder la gauche européenne". Ou, traduit par une auditrice démocrate fascinée par Barack Obama : "Comment redonner vie à un parti à un parti rigide et vieux jeu"

      Mme Royal a dépeint un PS vieux jeu, qu'elle veut changer pour préserver l'essentiel : "Ce pour quoi nous avons toujours lutté, la valeur égale de chaque individu." C'est, a-t-elle clamé, ce qu'ont fait les sociaux-démocrates suédois ou danois, le Labour britannique ou encore les gauches italienne et espagnole – bref, ceux qui l'ont récemment emporté. Dans la société "bien organisée" à laquelle aspire la dirigeante socialiste, "les droits de chacun sont contrebalancés par les responsabilités de tous".

      Devant son auditoire américain, elle a fait sienne la "valorisation du capital humain" prônée par Robert Reich, l'ancien ministre du travail de Bill Clinton. "La question est moins : comment résister aux changements? que : comment diriger le changement pour le meilleur?" Autrement dit : comment "mettre les gens avant l'idéologie?" Mme Royal propose de suivre le célèbre précepte de Thomas Jefferson, selon lequel une société se bâtit "du bas vers le haut".

     Pour redevenir attractif, le PS doit "se démocratiser, consulter régulièrement les adhérents, mais aussi les sympathisants", dit-elle. Il doit "cesser de faire de la politique à partir des livres" et n'avoir peur de s'approprier aucun sujet, a-t-elle martelé. Sécurité, efficacité économique, immigration, "identité nationale, patriotisme et même la religion sont au plus haut de nos préoccupations". Objectif : ne pas laisser le terrain à la droite. Pour renouveler les idées socialistes, Mme Royal attend beaucoup des think tanks, ces groupes intellectuels de réflexion qui, "aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ont réalisé un travail formidable en aidant les partis de gauche à redessiner leurs politiques".

     Sur le plan organisationnel, l'exemple italien, où plus d'un million de personnes ont participé à un vote sur les orientations du nouveau Parti démocrate, lui apparaît la voie à suivre. Elle rêve de "plusieurs millions de personnes qui tranchent les débats", car "plus la base d'un parti est étroite, plus il a de mal à remettre ses dogmes en cause".

     Mieux, "un leader est plus légitimé à 5 millions de votants qu'avec 150 000" – le nombre des adhérents au Parti socialiste. Une fois sa mue réalisé, le PS sera alors en mesure de diriger une "large coalition" allant du centre gauche via le Modem aux altermondialistes, à l'instar des alliances qui se mettent en place pour les élections municipales.

     Interrogée sur les problèmes ethniques et d'immigration, MmeRoyal a insisté sur le "refus du communautarisme". La grande majorité de l'auditoire, pour qui le terme de communauté est fondateur des identités "conjuguées" (africain-américain, italo-américain, hispano-américain, etc.), n'a pas saisi de quoi Mme Royal parlait.


Creer un Blog Signaler un abus sur ce blog