Pour une idéologie du terrain
Le concept de démocratie participative a été décrié durant la dernière campagne présidentielle. Certains ont pensé que cela permettait à la candidate socialiste d'avoir des idées, puisqu'il est bien connu qu'une énarque n'en possède pas! D'autres ont affirmé que ce n'était pas la rue qui gouvernait, qu'il y avait des politiques pour cela! Enfin, quelques uns ont ajouté que cela ne servait à rien, car les gens qui participaient à ces réunions avaient un lien étroit avec la politique. Ces réunions n'étaient donc pas représentatives de l'ensemble des Français.
Lorsque Ségolène Royal a énuméré ses cent propositions lors du discours de Villepinte, je me suis demandé quelles étaient les mesures qui émanaient de ces réunions participatives. Après tout, ne serait-ce plutôt pas une illusion de démocratie, un stratagème pour faire du neuf sur de l'ancien et contourner un Parti Socialiste si peu populaire? La candidate a avoué peu après que, même si des "idées neuves" avaient émergé de ces Cahiers d'espérance (comme les tarifications bancaires, ou le soutien scolaire), ces cahiers dénonçaient ce qui ne marchait pas dans la société actuelle. Le Cahier d'espérance se transformait brutalement en cahier des pleurs. C'est, d'après elle, à ce moment-là qu'elle s'est rendu compte que le SMIC à 1500 euros ne passait pas dans l'opinion, car les gens se sont longtemps demandé s'il s'agissait d'un SMIC à 1500 euros brut ou net. S'il était brut, cela ne servait alors à rien. S'il était net, cela aurait créé un écrasement dans la grille des salaires.
Tout ceci pour dire que la démocratie participative permet de prendre le pouls de la société. Je crois que c'est une occasion pour la démocratie de "respirer", car les gens peuvent se défouler et s'exprimer. Je crois également que cela permet aux politiques de rester en phase avec la société, composée d'électeurs et d'électrices. Ces chers élus souvent éclairés ont tendance à oublier qu'un mandat se mérite. Je crois enfin que le fait d'associer les gens à la vie politique et aux décisions, même si c'est souvent illusoire, favorise l'adhésion populaire face aux réformes et renforce la crédibilité du discours politique.
Lionel Jospin et d'autres socialistes pensent que le fait d'être élu leur permet de prendre des décisions sans consulter le peuple. Après tout, ils ont été élus sur un programme et sortent de l'ENA. Ils sont donc plus intelligents et savent ce qui est bon pour le peuple. Je crois que cette vision de la politique ne fonctionne plus avec la société actuelle. En effet, une profonde crise politique et idéologique ravage la France depuis des dizaines d'années. Les gens ne se reconnaissent plus dans la gauche. Les derniers rendez-vous électoraux en témoignent. Pourquoi? J'ai souvent cru que la gauche n'était pas assez idéologique. En fait, c'est tout le contraire. La gauche continue de s'enfermer dans son idéologie. Les 35 heures ont été un excellent exemple idéologique, pas du tout populaire. Ce que les gens voulaient à l'époque, c'était plus de pouvoir d'achat. Or comment travailler moins sans dépenser plus? Tous les économistes rappelleront que, dans notre société actuelle, quand on ne travaille pas, on dépense.
Les 35 heures ont-ils été expérimentés au niveau local? Car, ce qui manque à la gauche, c'est la "concrétude"! Le Parti socialiste est un parti d'élus et d'intellectuels parisiens. Il ne représente ni La France, ni les Français. Faire de la micro-politique n'est pas envisageable pour ces gens-là. Je crois néanmoins que tout parti politique a intérêt à soigner l'articulation entre les innovations locales et la politique nationale. Car ce qui marche sur le terrain doit être théorisé et appliqué au nivau national. C'est à une idéologie du terrain que la gauche doit s'appliquer à mettre en oeuvre. En consultant ses adhérents, les électeurs, en les associant aux décisions politiques. En leur montrant également qu'il est toujours possible de prôner l'humain sur l'économie. Car l'une des différences majeures entre la gauche et la droite, c'est que l'économie est au service de l'homme, non l'inverse. Etre de gauche, c'est désirer que la politique crée les conditions socio-économiques pour que les gens puissent changer le cours de leur vie.
