oliviercardineau

La démocratie « jusqu'au bout» , une des définitions du socialisme de demain

idéologie — Par olibre @ 16:48

    Gérard Genette a inventé le terme d'archilecteur pour désigner le lecteur idéal imaginé par chaque écrivain. Dans leurs contributions, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë ne s'adressent pas aux mêmes personnes. Il semble que tous les deux aient des archilecteurs différents. Alors que Madame Royal annonce ses idées sous la forme de slogans et met ses propositions en évidence, Monsieur Delanoë noircit sa contribution de longues phrases élégantes, rendant le texte compact et abscons pour un socialiste non versé dans la pratique quotidienne de la lecture. Ce constat n'enlève aucunement les qualités du maire de Paris, qui prouve sa sincérité dans son souci de cohérence entre sa réflexion et son action politique. Tous les deux se rejoignent sur de nombreues questions, comme l'Europe, l'économie française ou les questions internationales. Il en est une cependant qui les oppose, c'est la conception de la politique, et je dirai même, de la démocratie.

    Quand on lit la contribution du maire de Paris, on s'aperçoit qu'il traite de la question du parti socialiste en dernier, comme s'il la minimisait. Or il s'agit tout de même de choisir la personne qui sera la plus apte à diriger le premier parti d'opposition. Il me semble qu'avant de réformer le pays, il faut d'abord réformer de l'intérieur le parti. Est-il convaincu de l'importance d'une réforme? Dans son volet sur le socialisme, il est plutôt évasif, même s'il affirme haut et fort qu'il faut "changer au profondeur le fonctionnement du parti socialiste". Il ne fait aucune proposition, se contentant juste de noyer le poisson en disant qu'il faut "rendre toute (son) importance au travail des militants, organiser de manière vivante l'accueil des nouveaux adhérents, organiser des réseaux thématiques de travail où les adhérents peuvent croiser leurs propositions en fonction de leurs choix". Ce ne sont que des termes creux qui révèlent la vision élitiste, parisianiste d'un homme qui ne désire pas transformer le parti socialiste en parti populaire. Il considère de fait que la potitique est une affaire d'élus et d'intellectuels. D'ailleurs il ajoute que "la multitude d'individualités brillantes qui forment le parti socialiste devrait être conquérante pour l'espoir que nous représentons collectivement".

     Dans la contribution de Ségolène Royal, la réforme du parti socialiste est située en deuxième position, après la dénonciation de la mainmise du "clan Sarkozy" sur les médias et les institutions. Comme si la réforme du parti socialiste, qui se réaliserait pour elle par une démocratisation de son fonctionnement, s'imposait comme une réponse à la gouvernance de Nicolas Sarkozy. La Présidente de Poitou-Charentes définit le socialisme, non pas à partir d'un modèle économique, comme Bertrand Delanoë a pu le faire, mais par rapport à une doctrine politique. Pour elle, le socialisme du XXI ème siècle doit considérer la démocratie sous toutes ces formes (représentative, sociale et participative), comme un rempart, voire une solution, face aux problèmes engendrés par la mondialisation et le libéralisme sans foi ni loi.

     La première signataire aspire de fait à un "grand parti démocratique, populaire et de mobilisation sociale", qui se présente comme la métaphore de la société française. C'est pourquoi, pour respecter la diversité de la population française, la parité hommes / femmes et la diversité des origines seront exigées. L'utilisation de la démocratie participative dans le fonctionnement du parti socialiste permettra de consulter les militants sur les choix politiques afin que "les citoyens soient mis dans la confidence politique". Elle propose également des consultations participatives qui seront organisées lors de réunions publiques ou de forums sur internet, ainsi que des consultations militantes référendaires. Pour que le parti socialiste ne soit pas déconnecté des réalités, les associations et syndicats seront invités aux réunions de section et "leurs questions seront enregistrées et prises en compte par (les) instances statutaires". Elle annonce enfin la mise en place d'Universités socialistes de la connaissance dans chaque région afin de "redonner vigueur et importance à la formation et à la culture politique".

    Pour la Présidente de région, la démocratisation du parti permettra au paysage politique français de se doter d'un véritable parti d'opposition, populaire, qui défendra les idées qui seront liées aux préoccupations des Français. Le reponsable socialiste se voit alors attribué de nouveaux rôles : il devra déceler les problèmes que connaissent les Français, les traduire en des termes socio-économiques, afin de mieux les comprendre pour mieux les résoudre. il incombera aux responsables politiques de soigner l'articulation entre le local, le national et le mondial. La démocratie participative facilitera la jonction entre les trois niveaux.

     Pour Bertrand Delanoë et ses amis (Martine Aubry, Lionel Jospin), les responsables politiques sont des individus brillants qui pensent à la place et pour le bien du peuple. Ils estiment faire les bons choix et légitiment leurs décisions en affirmant que les Français les ont élus sur la base d'un programme! Ce qui signifie qu'un électeur qui a choisi de voter pour un candidat est forcément d'accord sur toutes ses idées... A l'heure d'internet, des enquêtes d'opinion, des médias, il n'est plus possible de faire fi de l'opinion des citoyens. La démocratie parlementaire est indispensable, mais elle ne suffit plus, car elle souffre depuis plusieurs années d'un manque de représentativité. Avec les nouveaux moyens de communication, les citoyens prennent la parole. Rappelons-nous l'effervescence populaire autour de la question européenne. Rappelons-nous également l'élection de Ségolène Royal durant les primaires socialistes. Doit-on continuer à fermer les yeux ou prenons-nous la décision de mettre en place une véritable démocratie d'opinion, qui, en lien avec la démocratie sociale et la démocratie représentative, réduira le fossé entre les électeurs et les élus? 


A tous ceux qui aiment planer.

Musique — Par olibre @ 15:21

Planent, planent sur nos têtes
Des soleils tout-puissants
Planent et brûlent la planète
On s'éclipse un instant

Dans la lune / Dans la lune / On est
Dans la lune / Dans la lune / On part

Loin de la vie terre - à - terre
On dépose la croix
Les crimes commis par nos pères
Ne nous pèseront pas


Dans la lune / Dans la lune / On est
Dans la lune / Dans la lune / On part

Encore plus loin, hors de portée
De nos pères déçus
Qui nous lancent leurs fusées
Pour nous marcher dessus

Dans la lune / Dans la lune / On est
Dans la lune / Dans la lune / On part
Dans la lune / On est
Dans la lune

Paroles: Zazie. Musique: Fabien Cahen 2001 "La Zizanie"


 

 

 

 

 

 


La Dolce vita me manque

Musique — Par olibre @ 16:11

"Il aura suffi d'un coeur
En panne de coeur
Pour que la flamme
Se consume

 


Il aurait suffi d'un peu d'amour encore
Pour que la flamme
Se rallume"

      Zazie



Hommage à Hervé CARESMEL

Musique — Par olibre @ 13:41

       On garde tous un peu d'Hervé, même si nos vies ont changé, même si nos chemins nous ont séparés, les uns des autres. Je garde d'abord le souvenir de ces mains de chef de choeur, qui battaient la mesure. Elles ressemblaient aux ailes d'un oiseau prenant son envol. Avec son geste si doux, "comme une rose de cristal qui se pose sur un tapis de velours" (aimait-il à dire souvent), il assouplissait nos voix et retardait la fin du chant. Hervé aimait la lenteur, car il jouissait de l'instant musical. Il lui arrivait même de garder les yeux fermés et se laisser transporter par nos voix. 

     Hervé était coquet. Il aimait l'ostentation et soignait toujours sa tenue. Je le revois encore, fier de diriger les Petits Chanteurs de Notre-Dame, avec une belle chasuble qu'il avait achetée à Paris. Je garde aussi l'image d'un grand technicien du chant. La pureté, la souplesse et la couleur de la voix lui étaient chères. Il aimait la musique romantique, mais c'était un être baroque. De tous ces feux et de sa personnalité peu banale, il brillait.

   Hervé était généreux. Combien de fois m'a-t-il invité à déjeuner, le vendredi midi, entre deux cours, moi qui vivais alors chichement. Hervé était sensible. Il pleurait souvent, d'émotion quand on chantait, de chagrin quand on le contrariait. Il aimait être aimé, désiré, adulé. Ses appels téléphoniques à des heures indues nous empêchaient de dormir, nous ses chanteurs, mais on sentait qu'il en avait besoin, qu'il voulait partager ou même revivre, avec nous, l'émotion d'un concert, ou d'un morceau interprété durant la journée.

  Pour moi, Hervé restera un Maître. D'abord, un maître de vie, car il m' a appris qu'avec la ténacité et le travail la fatalité n'existait pas. Lui qui était voué à travailler dans une étude d'architecte, il a su gérer son travail et sa vie de famille pour étudier le chant et en faire son métier. C'est ensuite à mes yeux un maître de chant. Nos voix sont à présent orphelines, lui savait si bien les manier. C'est enfin, et c'est peut-être le plus important, un chef de choeur. C'était cela son don : faire battre des coeurs. Et sans nul doute il y est parvenu.

 

  

 

Merci Hervé.

                                                          Amiens le 01 mai 2008

 

 

 


Jacques LACAN, Mon enseignement

Citation du jour — Par olibre @ 18:54

"le désir est toujours ce qui s'inscrit en tant que conséquence de l'articulation langagière au niveau de l'Autre. (...) Le désir tout court est toujours le désir de l'Autre. Cela veut dire qu'en somme, nous en sommes toujours à demander à l'Autre son désir".

 Mon enseignement, Jacques Lacan, Seuil, p52

 


Le deuil du héros dans Le boulevard périphérique d'Henry BAUCHAU

Livres — Par olibre @ 20:03

   C'est un livre qui aborde le comportement de l'homme face à la mort. Le narrateur, psychanalyste et écrivain d'un certain âge, se rend tous les jours au chevet de Paule, sa belle fille atteinte d'un cancer en phase terminale. L'approche de la mort de cette dernière rappelle au narrateur celle de son meilleur ami, Stéphane, à laquelle il n'a pu assister.

   Privé de la mort de son ami, c'est un travail de deuil qu'il va effectuer auprès de l'assassin de Stéphane, Shadow, un SS qui lui raconte les derniers jours de son ami résistant. C'est un livre qui révèle la cruauté et la faiblesse des hommes. Cruauté pour Shadow, faiblesse pour le narrateur, qui n'a su remarquer l'amour que Stéphane lui témoignait ; faiblesse pour n'avoir pas été, à l'instar de son ami, un héros de la résistance ; faiblesse enfin de ne pas avoir trouvé les mots au moment opportun pour son entourage. 

   C'est donc l'histoire d'un homme imparfait,  qui confie en toute sincérité ses doutes, ses regrets, ses faiblesses, ses craintes face à la mort. Car à travers l'évocation de la mort des autres, c'est la sienne que le narrateur tente d'apprivoiser. C'est peut-être par l'écriture que le narrateur essaie d'accepter la mort de son ami, qu'il considère comme un héros, et la sienne, qui se fait de plus en plus proche. Le travail de deuil serait donc une période d'acceptation de la perte de l'autre.  Dans ce roman, il s'agit également de l'acceptation de la perte de soi,  c'est-à-dire l'acceptation d'être un père qui perd, d'être un homme dont la vie n'a rien d'héroïque.

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Le sentiment patriotique aide-t-il à construire l'Europe?

idéologie — Par olibre @ 22:41
Chronique
Quand Jean-Pierre Jouyet corrige Nicolas Sarkozy, par Thomas Ferenczi
LE MONDE | 27.03.08 | 14h37  •  Mis à jour le 27.03.08 | 14h37

e secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, s'emploie, avec une constance digne d'éloges, à "européaniser" la parole officielle de la France. Nicolas Sarkozy est en effet plus enclin à célébrer la nation que l'Europe. M. Jouyet est là pour veiller au grain et rééquilibrer le verbe présidentiel, en y ajoutant, aussi diplomatiquement que possible, une dimension européenne. Quand le chef de l'Etat exalte le retour de la France en Europe, M. Jouyet complète la formule en annonçant aussi le retour de l'Europe en France. Au premier le plaisir de faire vibrer le patriotisme de ses compatriotes, au second la tâche de ménager les susceptibilités de leurs voisins.

 

Ce mécanisme de compensation a permis l'adoption par le Conseil européen du projet français d'Union pour la Méditerranée, dont M. Sarkozy voulait exclure, dans un premier temps, les Etats européens non riverains. Sous la pression d'Angela Merkel, et conformément à la thèse défendue par M. Jouyet, le président de la République a fini par accepter que tous les pays de l'Union y soient associés. C'était la condition pour que chacun s'y rallie. Chaque fois que M. Sarkozy donne l'impression de faire cavalier seul, au risque d'irriter ses partenaires européens, le secrétaire d'Etat ne ménage pas ses efforts pour prouver que la France sait "jouer collectif", comme il l'a affirmé en début d'année à Bruxelles.

Il lui appartient de rappeler que la mémoire de la patrie est indissociable de celle de l'Europe. Quand M. Sarkozy rend hommage, dans un beau discours, au dernier "poilu" de la guerre de 1914-1918, Lazare Ponticelli, mort le 12 mars à l'âge de 110 ans, il note, au détour d'une phrase, que l'Europe s'est enfin décidée à "faire la paix avec elle-même", mais ne dit mot du projet européen en tant que tel ni de la réconciliation avec l'Allemagne. M. Jouyet va réparer en partie l'oubli. Habilement, sur son blog (www.jpjouyet.eu), il rapproche cet événement de la mort de Gilles Polin, sergent français de l'Eufor, la force européenne envoyée au Tchad pour protéger les populations chassées par la guerre du Darfour.

"1914-2008, écrit-il. L'un incarnait le drame d'une Europe qui se déchire, l'autre témoignait de la volonté d'une Europe pacifiée et unie de se projeter dans le monde pour défendre des valeurs universelles." Les deux morts se répondent. "Deux destins, mais une même émotion, ajoute M. Jouyet. Lazare Ponticelli portait la mémoire de tous ses camarades morts pour la France, Gilles Polin porte désormais celle de ceux morts pour la France au service de l'Europe." De la France à l'Europe, la continuité est nettement affirmée.

Le lendemain de l'hommage aux combattants de la première guerre, M. Sarkozy honore sur le plateau des Glières les résistants de la seconde, "qui ont défendu les armes à la main l'indépendance de la France et la liberté de la France". Dans son discours, qui ne mentionne ni l'Europe ni l'Allemagne, il choisit de mettre l'accent sur "l'identité nationale". Certes, selon l'agence Reuters, il précise qu'il s'est engagé dans la construction de l'Europe "pour que justement on ne connaisse plus ça", c'est-à-dire la guerre. Mais cette allusion ne figure pas dans son allocution officielle.

On n'accusera pas M. Sarkozy d'être indifférent à l'Europe. On ne lui reprochera pas non plus de commémorer les grandes dates de l'histoire de France. Il a raison de dire que le patriotisme, qui est "l'amour de son pays", n'a rien à voir avec le nationalisme, qui est "la détestation des autres". Il est dans son rôle lorsqu'il soutient qu'"on ne construit pas son avenir en oubliant son passé". Mais pourquoi ne met-il pas à profit les cérémonies du souvenir pour défendre aussi, auprès des Français, l'idée européenne ?

 


Courriel : ferenczi@lemonde.fr

 

 

 


Marianne FAITHFULL, Before the poison

Musique — Par olibre @ 20:44

Je vous recommande cet album. C'est un délice...

 

"La plus grande groupie du monde (...) nous offre l'album que l'on n'attendait plus vraiment de sa part, passionné et touchant, sincère et aventureux. Certes, elle pourra remercier ses 'nouveaux amis' qui lui ont taillé ici du sur-mesure ; il n'en demeure pas moins que Before The Poison envenime son auditeur d'une grâce ténébreuse, d'une tendre et douloureuse pudeur"

http://www.xsilence.net/disque-1457.htm

 


Henry Bauchau, Le boulevard périphérique

Citation du jour — Par olibre @ 20:26

"Je suis le père sans argent. Pourquoi pas? Mais dans sa structure intime le père est celui qui peut aider. Qui peut aider avec de l'argent. A ce moment de désolation, je sens une main qui cherche la mienne, une main qui me semble glacée et veut se réchauffer dans les miennes. Je prends la main de Paule dans mes mains, il n'y a pas de paroles. Paule, la tête tournée de l'autre côté, participe à une conversation entre femmes que je ne cherche pas à entendre. Il y a cette main abandonnée dans les deux miennes, qui m'évoque toutes les petites mains d'enfants, confiantes, heureuses, que j'ai tenues et qui ont si souvent éclairé, adouci l'âpreté de ma façon de vivre. Il y a que je suis l'homme sans argent, fragilisé par l'âge mais dont les mains réchauffent encore. Encore un peu. Il y a que, dans notre commun chagrin, dans la commune humiliation de nos deux faiblesses, elle a pris ma main. Dans nos trois mains s'égrènent par mouvements imperceptibles le chapelet d'aphtes, le chapelet des portes du boulevard périphérique. A ce moment je ne me souviens plus d'aucune prière et Paule n'en a sans doute jamais connu. Ensuite il n'y a rien. C'est comme si une grande machine aspirante avait avalé le reste de cette journée. Argile, sans doute, a senti quil était temps de partir et je l'ai suivie."

 


Henri Bauchau, Le boulevard périphérique

Citation du jour — Par olibre @ 18:01

 

"Ce n'est pas moi qu'il admire, mais cette forme déliée, un peu grêle, un peu aiguë de l'homme qui est en moi. L'homme qui jette ses actes et sa semence, qui ne porte pas d'enfant, qui ne porte pas la durée. L'homme éphémère, joueur, qui s'amuse avec le rocher. Jamais je n'ai compris comme en cet instant combien l'homme, le mâle, est gratuit en somme, fait pour le jeu, la guerre". p22


Metin Arditi, La Pension Marguerite : une écriture qui résonne

Livres — Par olibre @ 15:24

 

      D'abord la citation de Sophocle. Elle figure dès les premières pages du livre et nous invite à comparer le parcours d'OEdipe, qui accomplit son destin en ayant une relation sexuelle avec sa mère, à celui inversé d'Aldo qui, à la lecture des notes intimes de sa mère, se rappelle qu'il a lui aussi eu une relation sexuelle avec la sienne. Autre parallèle. A l'instar de Jocaste, la mère d'Aldo, ne pouvant supporter l'acte qu'elle a commis, se suicide.

     Ensuite, le psychanalyste de la mère d'Aldo, qui reçoit les notes intimes peu après le suicide de celle-ci. Ce dernier remet finalement le document à Aldo, car, d'après lui,  ces notes ont été écrites plus pour son fils que pour lui. Le psychanalyste espère de cette façon qu'Aldo pardonnera à sa mère, qu'il comprendra que l'amour donné est souvent imparfait : "J'espère que cette lecture vous aidera, dans l'impossible démarche qui consiste à ne pas juger ceux qui nous ont aimés comme ils ont pu". p19

     Dans ses écrits, la mère dit avoir découvert que son père à elle était loin d'être un héros de guerre, mais un bourgeois marié et infidèle. Elle confie également sa frustration d'avoir été dépossédée de son rôle de mère, ravi par Marguerite. Son père n'était donc pas un vrai père pour elle. Et elle n'était pas non plus une vraie mère pour son fils, Aldo. Et le père d'Aldo? Une marionnette! C'est en faisant le ventriloque que la mère convoquait son mari et réunissait ainsi sa petite famille. Elle jouait le rôle du père pour attirer l'attention d'Aldo et l'enlever des bras de Marguerite. Elle compare cette convocation à une vraie jouissance. Comme le signalait son psychanalyste à sa patiente, "la ventriloquie vous faisait vous retrouver en vos deux Aldo, en ces instants vous ne faisiez qu'un avec eux" p119 Le psychanalyste la rassure malgré tout en lui affirmant qu'elle a donné beaucoup à son fils en lui donnant un père.

    Et la musique dans tout cela? Comme les cordes, comme les différents fils qui tiennent la marionnette, la musique rattachait Aldo à son passé, tout en lui faisant oublier ce qu'il avait vécu. Le violon se présente comme la métaphore d'Aldo (Aldo/Alto) par l'intermédiaire de la brèche dans le bois du violon, qu'il croit plus ouverte. Ce sont les "notes" de sa mère qui ravivent la brèche qu'il tentait de refermer. A cause de cette brèche, il a l'impression d'entendre  "un gémissement à travers une paroi"p34

    Quant à l'écriture, elle oeuvre comme une caisse de résonance. Les mots comme "notes" ou "Aldo" résonnent et renforcent le lien entre le passé et le présent. "Les cordes" du violon et les "cordes vocales" tranchées par la mère lors de son suicide montrent également que le passé et le présent vont de concert. Le fil symbolise aussi le lien entre le passé et le présent. La marionnette tenue par la mère devait représenter le père. Avec le recul, elle représente également Aldo adulte tenu par les fils du secret, de l'interdit. Comme par hasard, au pluriel fil devient "fils". C'est donc une écriture qui fait vibrer toutes ces cordes, tous ces fils, pour montrer que le passé résonne avec le présent. 

 

 


Gilles de ROBIEN veut faire PEUR aux Amiénois

idéologie — Par olibre @ 20:21

                   

 

      Voilà à quoi se résume le dernier argument de campagne de Gilles de ROBIEN, qui est en ballotage défavorable face au candidat de la gauche, Gilles Demailly : LA CHASSE A LA SORCIERE. Avec son slogan, "C'est important pour Amiens : voter Gilles de Robien", le maire sortant insiste sur un danger imminent qui menace la mairie d'Amiens : la gauche. Effectivement, il ravive les peurs anciennes en rappelant le pasé communiste de la ville. Je me demande cependant si le rôle d'un homme politique est bien de faire pression sur les gens en jouant sur la peur, réaction irrationnelle par excellence.  Un homme politique doit au contraire convaincre ses électeurs sur un projet cohérent, fédérateur, qui vise à l'efficacité, et qui réponde à des préoccupations actuelles et futures. Force est de constater que Monsieur De Robien est à bout d'arguments ; il panique, perd pied, sent qu'il n'est plus en phase avec les habitants de sa ville. Il est de fait déconnecté des réalités. Il ne s'est pas rendu compte que le mécontentement grondait depuis plusieurs mois sur la ville. Les Amiénois et l'opposition ne sont pas écoutés, les projets architecturaux sont onéreux, la spéculation immobilière bat son plein. le lien social et culturel se délite.
      Je crois que le projet de Gilles Demailly  répond à ce problème, car il prévoit la mise en place  d'assemblées citoyennes, qui permettront d'abord aux citoyens de contrôler, d'évaluer l'action politique de leurs élus, ensuite aux élus de prendre le pouls de la population et de rester en phase avec la réalité.  De plus, il est spécifié, dans le programme de la gauche, que la place de  l'opposition sera redonnée. Enfin, Gilles DEMAILLY s'oppose au cumul des mandats. Il ne risquera pas de déserter sa future mairie pendant plusieurs années, comme a pu le faire son prédécesseur...

APEROLIVRES

Apérolivres — Par olibre @ 17:23
           Le mardi 11 mars, à 19 heures

        Quel est votre héros de roman préféré?

Animateur : Olivier Cardineau

Lieu:

Bulles Café

11, rue du Chapeau de violettes (à deux pas des Halles)

80 000 Amiens

http://www.bullescafe.fr/

http://laperolivres.kouaa-blog.com/

Questionnaire:

La nature du héros:

Est-ce un personnage humain ou animal?

S'il est humain, ressemble-t-il aux autres personnages?

Les personnages secondaires peuvent-ils être des héros?

Pourquoi y-a-t-il identification avec le lecteur?

Est-ce un héros purement fictionnel ou est-il emprunté à la réalité?

La place du héros dans le roman:

Un héros est-il toujours un protagoniste?

Votre héros ne serait-il pas un anti-héros?

Peut-il y avoir plusieurs héros dans un roman?

Votre héros préféré l'a-t-il été depuis le début ou le devient-il?

La qualité du héros:

Est-ce un personnage vertueux ou médiocre?

Un personnage médiocre peut-il être un héros de roman ?

Existe-t-il des "héros odieux"?

Quelles sont, selon vous, les raisons qui expliquent l'attrait qu'exercent ces personnages odieux ?

L'identification avec le héros:

Que faites-vous avec votre héros? Vous l'aimez? Vous l'admirez? Vous l'imitez?

Est-ce un besoin chez l'homme d'admirer un héros?

3)la place du héros préféré dans votre vie:

Ce héros vous suit-il dans votre vie?

Vous aide-t-il à prendre des décisions?

Peut-on avoir plusieurs héros préférés?


La Reine du monde, Jacques Julliard (résumé)

Livres — Par olibre @ 20:40
La Reine du monde : Essai sur la démocratie d'opinion

"Voter pour un parti est un arbitrage difficile.

Je suis censé approuver pendant cinq ans

tout ce qu'il a proposé. Quel abus de pouvoir!"

p101

      Dans l'essai intitulé La Reine du monde, Jacques Julliard traite de l'émergence de l'opinion dans le débat démocratique. Il part de situations concrètes, comme le référendum de 2005 ou l'élection de Ségolène Royal lors des primaires socialistes. Cette nouvelle opposition composée d'hommes et de femmes constitue aujourd'hui la classe militante, "cette catégorie de citoyens qui ne se reconnaît ni dans l'élite ni dans la masse résignée", et qui aspire à la reconnaissance, au débat. Pour l'auteur, la révolution de l'information et de la communication a joué un rôle fondamental dans l'émergence de l'opinion durant le référendum de 2005. La prolifération des blogs et des forums participatifs ont permis à de nombreux citoyens de devenir écrivains, de donner leur opinion. Alors que les élites et les éditorialistes prônaient le "oui", la classe militante s'insurgeait contre ces "émetteurs d'opinion" qui à leurs yeux manquaient de représentativité.

       Puis, il y a eu celle que les élites n'attendaient pas, et qui a été plébiscitée d'abord par des milliers de personnes, puis par des millions de Français. Jacques Julliard reconnaît que si ségolène Royal est parvenue à réunir près de 17 millions d'élécteurs, "c'est que le mouvement d'opinion qui l'a portée devait être fort et très nouveau" p22. En fait, ajoute-t-il plus loin, "le peuple la reconnaissait comme porte-parole du non-dit politique, la restauratrice des pouvoirs qu'on lui avait confisqués" p25

     Il accuse de fait la démocratie représentative de ne plus tenir compte de l'Opinion. Même si elle est nécessaire pour l'ordre public, elle reste faussement démocratique, car elle cache de fait un système parfaitement oligarchique. Il prend l'exemple de la désignation d'un candidat au sein d'un parti politique. On pourrait croire que c'est la base qui désigne des élus, qui s'entendent ensuite sur les dirigeants. Or "ce sont les dirigeants appuyés sur leurs militants répartis en courants disciplinés qui désignent les candidats" p24.

      Le système représentatif est dépassé, car "l'idée qu'en élisant un homme ou une majorité parlementaire le corps électoral est censé avoir ratifié en bloc l'ensemble des orientations des candidats, cette idée-là est une pure fiction" p33. Depuis l'existence des enquêtes d'opinion, les manifestations, internet et les médias, "le monopole du suffrage comme expression de la volonté générale n'est plus défendable" p34.

      Pour l'auteur, l'intégration de la pluralité d'expression des opinions dans les institutions par la pratique raisonnée du référendum résoudrait la crise de représentativité dans nos démocraties modernes. Car "si l'on veut réconcilier les textes et le peuple, il faudra bien se décider à lui faire une place. Ce serait aussi l'occasion de dire un peu plus précisément ce que l'on attend par opinion (...) En vérité, il n'y a pas une opinion unique. Il n'y a pas d'opinion publique. Il y a sur un sujet donné des opinions du public" p101-102 L'auteur propose également la mise en place d'assemblées primaires de citoyens permettant aux citoyens de se faire une opinion et aux élus d'en tenir compte. Enfin, il est favorable à la participation de l'opinion pour la désignation des candidats aux élections.

     Jacques Julliard conclut en arrivant au même constat que Ségolène Royal : il faut gouverner en s'appuyant sur la démocratie sociale (repenser le dialogue avec les syndicats), la démocratie parlementaire et la démocratie d'opinion afin d' "associer les citoyens à l'élaboration des lois les plus fondamentales". L'auteur avoue que l'élection de Ségolène Royal aura eu un avant et un après. car, à présent, "le corps des citoyens ne se laissera plus imposer ses candidats.

 


Pour une idéologie du terrain

idéologie — Par olibre @ 22:17

     Le concept de démocratie participative a été décrié durant la dernière campagne présidentielle. Certains ont pensé que cela permettait à la candidate socialiste d'avoir des idées, puisqu'il est bien connu qu'une énarque n'en possède pas! D'autres ont affirmé que ce n'était pas la rue qui gouvernait, qu'il y avait des politiques pour cela! Enfin, quelques uns ont ajouté que cela ne servait à rien, car les gens qui participaient à ces réunions avaient un lien étroit avec la politique. Ces réunions n'étaient donc pas représentatives de l'ensemble des Français.

     Lorsque Ségolène Royal a énuméré ses cent propositions lors du discours de Villepinte, je me suis demandé quelles étaient les mesures qui émanaient de ces réunions participatives. Après tout, ne serait-ce plutôt pas une illusion de démocratie, un stratagème pour faire du neuf sur de l'ancien et contourner un Parti Socialiste si peu populaire? La candidate a avoué peu après que, même si des "idées neuves" avaient émergé de ces Cahiers d'espérance (comme les tarifications bancaires, ou le soutien scolaire), ces cahiers dénonçaient ce qui ne marchait pas dans la société actuelle. Le Cahier d'espérance se transformait brutalement en cahier des pleurs. C'est, d'après elle, à ce moment-là qu'elle s'est rendu compte que le SMIC à 1500 euros ne passait pas dans l'opinion, car les gens se sont longtemps demandé s'il s'agissait d'un SMIC à 1500 euros brut ou net. S'il était brut, cela ne servait alors à rien. S'il était net, cela aurait créé un écrasement dans la grille des salaires.

     Tout ceci pour dire que la démocratie participative permet de prendre le pouls de la société. Je crois que c'est une occasion pour la démocratie de "respirer", car les gens peuvent se défouler et s'exprimer. Je crois également que cela permet aux politiques de rester en phase avec la société, composée d'électeurs et d'électrices. Ces chers élus souvent éclairés ont tendance à oublier qu'un mandat se mérite. Je crois enfin que le fait d'associer les gens à la vie politique et aux décisions, même si c'est souvent illusoire, favorise l'adhésion populaire face aux réformes et renforce la crédibilité du discours politique.

       Lionel Jospin et d'autres socialistes pensent que le fait d'être élu leur permet de prendre des décisions sans consulter le peuple. Après tout, ils ont été élus sur un programme et sortent de l'ENA. Ils sont donc plus intelligents et savent ce qui est bon pour le peuple. Je crois que cette vision de la politique ne fonctionne plus avec la société actuelle. En effet, une profonde crise politique et idéologique ravage la France depuis des dizaines d'années. Les gens ne se reconnaissent plus dans la gauche. Les derniers rendez-vous électoraux en témoignent. Pourquoi? J'ai souvent cru que la gauche n'était pas assez idéologique. En fait, c'est tout le contraire. La gauche continue de s'enfermer dans son idéologie. Les 35 heures ont été un excellent exemple idéologique, pas du tout populaire. Ce que les gens voulaient à l'époque, c'était plus de pouvoir d'achat. Or comment travailler moins sans dépenser plus? Tous les économistes rappelleront que, dans notre société actuelle, quand on ne travaille pas, on dépense.

      Les 35 heures ont-ils été expérimentés au niveau local? Car, ce qui manque à la gauche, c'est la "concrétude"! Le Parti socialiste est un parti d'élus et d'intellectuels parisiens. Il ne représente ni La France, ni les Français. Faire de la micro-politique n'est pas envisageable pour ces gens-là. Je crois néanmoins que tout parti politique a intérêt à soigner l'articulation entre les innovations locales et la politique nationale. Car ce qui marche sur le terrain doit être théorisé et appliqué au nivau national. C'est à une idéologie du terrain que la gauche doit s'appliquer à mettre en oeuvre. En consultant ses adhérents, les électeurs, en les associant aux décisions politiques. En leur montrant également qu'il est toujours possible de prôner l'humain sur l'économie. Car l'une des différences majeures entre la gauche et la droite, c'est que l'économie est au service de l'homme, non l'inverse. Etre de gauche, c'est désirer que la politique crée les conditions socio-économiques pour que les gens puissent changer le cours de leur vie.

 

 


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